A la fin du mois de Mai 1973 paraissait chez Philips l’album ‘’Lemmings’’.
Au milieu des années 60, Colin Swinburne & Peter Kimberley avaient formé The U (Don’t) No Who (nom inspiré par le slogan d’une publicité pour Schweppes) un groupe de rock psychédélique (majoritairement des reprises) qui partageait l’affiche dans les concerts, entre autres, avec certains des futurs membres de Slade. En 1967, Swinburne & Kimberley firent une rencontre déterminante dans un des clubs où ils se produisaient, avec leur futur producteur Karel Beer, originaire comme eux, de Birmingham où il était radio DJ à l’époque. En 1968, le morceau ‘’Apple For A Day’’ co-écrit avec Karel Beer, fut signé mais non publié par le fameux label Apple des Beatles ; on le retrouve toutefois, avec deux autres morceaux de The U (Don’t) No Who (‘’Strange People’’ (ajouté en bonus de la réédition de ‘’Lemmings’’) et ‘’Now And Again Rebecca’’) sur ‘’An Apple A Day 1967-1969’’, une compilation 22 titres de la maison de disque parue en 2006.
Revenons à l’année 1968 où ils formèrent Bachdenkel dont le nom (selon Beer lui-même) serait sorti d’un ordinateur détenu par l’un des musiciens après que ce dernier eût renseigné l’ensemble des noms dans la base. Au crépuscule néanmoins bouillonnant de cette ère psychédélique incarnée de l’autre côté de l’Atlantique par Vanilla Fudge, Iron Butterfly ou encore Grateful Dead, et en Angleterre par les Pink Floyd, Traffic, Family, Soft Machine, Procol Harum et autres Moody Blues, les concerts de ce quintette sur les scènes underground du West Midlands ne leur permettaient vraisemblablement pas de sortir de l’anonymat. Par ailleurs, de fortes divergences entre les uns et les autres (situations familiales, âges, motivation à devenir professionnels…) entrainèrent à terme le départ de trois musiciens et d’autre part, l’accueil du batteur Brian Smith (à la suite de Ron Lee) aux côtés de Colin Swinburne et Peter Kimberley, ce dernier passant à la basse (en remplacement de Dave Bradley). Bachdenkel suivit Karel Beer en France où le groupe prit ses quartiers. Ayant ajouté des influences venues du jazz, notamment une certaine propension à improviser, après avoir rencontré à l‘American Center de Paris, Anthony Braxton et surtout l’Art Ensemble Of Chicago, le trio et son producteur enregistrèrent ce premier album en Juin & Juillet 1970 aux studios Europa Sonor (ceux de l’Avenue de Wagram) à Paris, avant une longue période de remixages et péripéties diverses qui décalèrent de trois ans, la sortie du disque. Karel Beer expliquait qu’après avoir vainement présenté les cassettes de ‘’Lemmings’’ aux Etats Unis puis en Grande Bretagne (CBS, Warner, United Artists,…) sans aboutir au moindre contrat, il signa finalement avec Phonogram/Philips, découvrant que les studios parisiens (créanciers du groupe pour une coquette somme) avaient déjà envoyé les enregistrements à la maison de disque.
‘’Lemmings’’ reste une œuvre particulièrement touchante que l’on écoute avec nostalgie et tendresse, à l’instar de la quiétude des arpèges atmosphériques de ‘’Translations’’ et de la candeur des notes de piano d’’Equals’’ portant ce chant aux effets Fuzz tellement caractéristique de cette période. On peut être surpris du fait que le très accrocheur troisième morceau n’ait pas fait l’objet d’un single ; cette pièce d’une qualité mélodique que n’auraient pas renié les Fab Four, fut l’un des deux premiers titres enregistrés en 1968 dans les studios parisiens avec ‘’Thru The Eyes Of A Child’’, celui-ci ayant toutefois été écarté de l’album, mais allait être ajouté en bonus de la réédition de 2007*. Avec ses 11 minutes, ‘’The Settlement Song’’ était la plage la plus longue du répertoire, une pièce épique dont les textures sombres et le chant plaintif pouvaient, mais dans une moindre mesure toutefois, évoquer Peter Hammill et Van Der Graaf Generator. La mélancolie suintait encore de la seconde face du disque, à travers la combinaison orgue/piano de la courte ballade ‘’Long Time Living’’ puis dans l’ambiance ténébreuse de ’’Strangestill’’ où Colin Swinburne passait des claviers à la guitare électrique, livrant entre autres, un vibrant solo dans la partie centrale du morceau. Addictif, envoûtant, ‘’Come All Ye Faceless’’ refermait cet album, de la même manière qu’il clôturait traditionnellement les concerts du groupe autour d’un light show.
Après cet album sorti dans l’ombre, uniquement en France et sans la moindre promotion (l’édition anglaise dut attendre 1978), Bachdenkel publia en 1977 ‘’Stalingrad’’ (titre écrit en alphabet cyrillique) auprès du label franco-britannique IRC (Initial Recording Company) fondé par Karel Beer. Ce second opus, bien que plus sophistiqué et symphonique que le précédent, fut malheureusement le dernier de ce groupe qui fut dissous avant même que l’album ne sorte. A propos de Colin Swinburne, disparu en 2021, et qui fut son guitariste pendant un temps, Daniel Balavoine (dont l’ingénieur du son Andy Scott était le coproducteur de ‘’Stalingrad’’), n’allait pas tarir d’éloges sur le musicien, l’ami sans oublier le père. En effet, Colin Swinburne avait perdu, suite à une longue bataille judiciaire, la garde de son fils, ce qui allait inspirer au chanteur français, l’un de ses tubes les plus célèbres.
‘’Lemmings’’ fut réédité plusieurs fois sans toutefois être remasterisé. L’édition anglaise (Ork Records) de 2007 ajoutait 6 plages bonus* (‘’The Slightest Distance’’, « Donna’’, ‘’A Thousand Pages Before’’, ‘’Through The Eyes Of A Child’’, « An (Other) Appointment With The Master’’, ‘’Strange People’’). En 2022, paraissait chez Grapefruit Records, une anthologie 3 CD (‘’Rise And Fall’’) reprenant l’intégrale des enregistrements de Bachdenkel ainsi que des morceaux plus anciens dont quatre datant de The U (Don’t) No Who.
Liste des Pistes :
1. Translation (4:16)
2. Equals (1:52)
3. An Appointment With The Master (5:19)
4. The Settlement Song (11:23)
5. Long Time Living (2:22)
6. Strangerstill (6:56)
7. Come All Ye Faceless (9:06)
Formation du groupe
Colin Swinburne : guitare, orgue, piano, clavecin, chant - Peter Kimberley : basse 6 cordes, piano (2), chant - Brian Smith : batterie, vibraphone (5) Avec : Karel Beer : orgue (7,13), producteur - Bill Hunt : cor d'harmonie (13) - Dave Bradley : basse (13) - Ron Smith : batterie (13)
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