L’Araignée-Mal

Par

(5 sur 5) / Eurodisc
Categories
Jazz-Rock Rock Progressif

L’Araignée-Mal a célébré son cinquantenaire le mois dernier (publié chez Eurodisc en Décembre 1975).

Dès leur premier album ‘’Musiciens Magiciens’’ en 1974, Atoll s’était d’emblée imposé comme l’un des principaux chefs de file du courant progressif hexagonal. Ce groupe messin devait entre autres, partager ensuite la tournée ‘Bivouac 74’ de Ange. Malheureusement, Christian Décamps s’étant fracturé les deux talons lors d’une répétition en tentant une improbable cascade malgré bien des mises en garde de ses camarades, cette tournée fut annulée. Par ailleurs, suite à des tensions avec le reste du groupe qui dut finalement interrompre sa série de concerts, Luc Serra quitta Atoll, remplacé par Christian Beya, venu lui aussi du rock progressif (ancien membre de Divodorum avec entre autres, Jean-Pierre Guichard, futur batteur de Ange). En cadeau de bienvenue, le guitariste se vit offrir par le groupe, une Gibson ayant appartenu à Pete Townshend.

Quant à leur maison de disque, pour preuve de son enthousiasme, celle-ci prit totalement en charge le groupe pendant la quinzaine au cours de laquelle, hébergés sur place, ils enregistrèrent ‘’L’Araignée-Mal’’ au prestigieux studio Gang (Paris 10ème) doté notamment d’un 24 pistes. Comme l’explique Alain Gozzo, ce second opus devait d’une part s’affranchir du ‘’modèle’’ britannique (Yes en particulier) pour évoluer vers une musique hybride associant ce registre prog symphonique et théâtral à des éléments de jazz/fusion dans un esprit proche du Mahavishnu Orchestra (comparaison souvent faite), compte tenu d’ailleurs de l’arrivée d’un violoniste, en l’occurrence Richard Aubert (ex Komintern & Abracadabra) devenu membre officiel en décembre 1974. Le sextette souhaitait en outre, laisser de côté ces univers médiévaux déjà largement représentés sur la scène progressive (et si bien incarnés en France par Ange) pour se tourner vers la science-fiction. A l’instar de sa pochette illustrée par Yves Uro, ce concept album retint le sujet d’une invasion de la terre par une espèce animale particulièrement hostile et agressive (pouvant faire penser à ‘’La Planète des singes’’ ou encore au film ‘’Them !’’ de Gordon Douglas en 1954).

Tragique, sombre et inquiétant, ‘’Le Photographe Exorciste’’ ouvrait ce répertoire dont la musique, précisons-le, avait collectivement été composée en amont de l’écriture des textes. Des nappes envoûtantes de synthétiseur enveloppant la narration d’André Balzer et un tempo hypnotique conduit par le batteur Alain Gozzo faisaient subtilement monter en charge ce premier morceau autour des motifs de guitare électrique de Christian Beya avant cette rupture après six minutes vers un final plus débridé. L’instrumental ‘’Cazotte N°1’’ illustrait parfaitement l’immersion d’Atoll dans un jazz-rock de très bonne facture et remarquablement bien en place : de breaks en accélérations, la savante rythmique d’Alain Gozzo appuyée par le bassiste Jean-Luc Thillot soutenait avec célérité, force et inventivité, ces remarquables solos et interactions entre les claviers électroniques, le violon et la six-cordes. Des notes de violon glissant sur des arpèges de guitare introduisaient ‘’Le Voleur D’Extase’’ où le chant placide d’André Balzer ouvrait grand l’espace à de savoureuses séquences instrumentales à la fois virtuoses et d’une grande mélodicité. Divinement arrangé et symphonique à souhait, ce troisième morceau témoignait du pas de géant accompli par Atoll depuis le premier album et préfigurait déjà dans une large mesure, ce que le groupe allait produire sur l’album suivant.

La seconde face offrait la pièce de résistance du disque avec les quatre parties de sa suite-titre. Du démarrage aérien et diaphane de ‘’Imaginez Le Temps’’ où batterie, percussions  et violon accompagnaient une progression d’accords vers un lumineux solo de Christian Beya, au sulfureux crescendo final du ‘’Cimetière Plastique’’ en passant par les deux parties centrales émaillées de changements de signatures temporelles et d’ambiances, dont ce climax en seconde partie où André Balzer incarnait cet être malfaisant sorti d’un bestiaire fantastique ou simplement de l’enfer, les 21 minutes de cet épique et protéiforme ‘’Araignée-Mal’’ prirent place parmi ces grands moments musicaux venus d’une décennie assurément exceptionnelle. Nous retrouvions comme sur le premier album, la présence plus discrète du saxophoniste Laurent Gianez.  Expliquant ici la prédominance des claviers, le second invité Bruno Géhin venait significativement ajouter à l’emblématique synthétiseur Eminent de Michel Taillet et ses parties de clavinet, des textures additionnelles de piano acoustique & électrique Fender, de Mini-Moog et quelques nuances de mellotron.

image

Si ce second album reste aujourd’hui encore, le plus populaire et le plus célébré d’Atoll, après avoir été encensé et soutenu à l’époque par les médias (entre autres Jean-Bernard Hebey sur RTL) et la critique (article d’Hervé Picart dans Best..), ce fut paradoxalement l’opus suivant, ‘’Tertio’’ qui en 1977, allait offrir son plus grand succès commercial (doublement des ventes) à un groupe au faîte de sa popularité, à l’instar d’un concert donné à guichet fermé à l’Olympia au printemps 1978. Qu’il s’agisse des compositions proprement dites, de la concision et des arrangements de ses six plages, ou encore de la performance des cinq musiciens (le groupe étant passé en quintette) et de l’énergie qui s’en dégagea, ce troisième opus, tourné davantage encore vers la fusion, fut sans doute le plus abouti d’Atoll à plusieurs titres. On peut affirmer sans détour que ‘’Tertio » et son prédécesseur ‘’L’Araignée-Mal’’ restent définitivement deux des plus belles galettes qu’ait produit le rock progressif en France et au-delà (le Japon leur vouant un véritable culte). Après ‘’Rock Puzzle’’ (1979), de séparations en reformations autour de Chirstian Beya, Atoll publiera trois autres albums entre 1989 (‘’L’Océan’’) et 2014 (‘’Illian I Hear The Earth’’). A noter en 2024, une revisite de ‘’Tertio’’ en version anglaise, une fois n’’est pas coutume…

Enfin, Je remercie ici Alain Gozzo pour son précieux et amical témoignage.

‘’L’Araignée-Mal’’ a été réédité en 2002 par Musea dans une version remasterisée ajoutant une piste bonus au CD (version live en 1975, de ‘’Cazotte n°1’’) et accompagnée d’un livret retraçant l’histoire du groupe. Replica, label indépendant basé également à Metz, en publia une version vinyle en 2015 (comme ‘’Musiciens Magiciens’’ en 2014, et ‘’Tertio’’ en 2016).

Formation du groupe

André Balzer : chant, percussions - Christian Beya : guitare - Michel Taillet : synthétiseur Eminent, clavinet, percussions, chœurs - Richard Aubert : violon - Jean Luc Thillot : basse, chant - Alain Gozzo : batterie, percussions, chœurs - Avec : Bruno Géhin : piano, piano électrique Fender, Mellotron, Minimoog - Laurent Gianez : saxophone (5)

Partager cette critique

👇 Recommandé pour vous

UK

Par UK

5 sur 5

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *