Titres
- Aurora (7:27)
- Turnaround Situation (5:50)
- Love Lies Dreaming (6:24)
- Countermovement (13:48)
- Ariadne (6:18)
- All Hands on Deck (3:04)
- Outside the Box (4:20)
- Emotional Intelligence (3:30)
- Jambustin' (bonus track) (4:24)
- Watching the River Roll (bonus track) (4:42)
Incroyable ! Nous voici avec Yes en présence d’un des plus grands groupes de rock progressif du monde (certains diront le plus grand) et personne dans la rédaction de Progcritique ne s’est manifesté pour chroniquer son dernier album. Sacrilège ! Enfin, le fait que le groupe n’ait plus grand-chose à proposer de très passionnant depuis, disons, Fly From Here, y est certainement pour quelque chose. Et ce n’est pas le précédent album de 2023, Mirror to the Sky, joué par la formation actuelle (1), qui risque de nous faire revoir notre jugement. En effet, si rien n’y était mauvais, le disque donnait un peu l’impression d’avoir été fait par un sympathique tribute band chargé d’imiter le son du groupe mythique et tenter vainement de réveiller son glorieux passé.

Avant même la lecture du CD ou du vinyle sur la platine, on est en terrain connu puisqu’on retrouve une illustration du fidèle Roger Dean, accompagné de sa fille Freyja. La pochette inspirée du titre de l’album, à défaut d’être originale, est comme d’habitude magnifique et donne envie de se plonger dans l’œuvre. Alors, allons-y.
L’album démarre avec la chanson-titre Aurora et l’intervention de l’Orchestre symphonique national tchèque. C’est une magnifique entrée en matière, très onirique, à tel point qu’on peut se demander si le groupe va parvenir à suivre le rythme. Mais on est vite rassuré, car le morceau tient clairement la route : le refrain est addictif, les envolées de guitare sont puissantes. Et l’alliance entre les styles classique et rock. L’histoire de deuil illustrée par le film d’animation de Matt Hutchings (2) est vraiment remplie d’émotions. Certains trouveront peut-être que le morceau est un peu trop pop, voire qu’il ressemble à de la musique de dessin animé style Disney. C’est possible. Toujours est-il que ça marche pas mal. Et puis si les musiques de Disney fonctionnent aussi bien, c’est peut-être parce que tout n’y est pas à jeter finalement.
Pour le titre suivant Turnaround Situation, je n’en serais pas aussi dithyrambique. Malgré quelques belles interventions du claviériste d’Asia Geoff Downes, le titre est poussif et tourne en rond. La faute notamment au chant qui part un peu dans tous les sens. Jon Davison a beau imiter Jon Anderson, il n’a malheureusement pas tout à fait son talent, et sa voix de fausset peut vite devenir agaçante.
Passons donc ce léger raté et arrêtons-nous plutôt sur Love Lies Dreaming, sur laquelle les percussions de Jay Shellen et la guitare hispanisante de Steve Howe se répondent à merveille Jon nous offre ici un chant plus posé, fluide et agréable.
Nous voici parvenus au passage oblige de tout groupe progressif : la longue pièce musicale, intitulée Countermovement. (Enfin, longue, tout est relatif, 13 minutes, c’est loin d’être interminable.) C’est peut-être le morceau le plus réussi. Tout d’abord parce qu’on retrouve la patte du maître, reconnaissable entre mille, à la guitare folk (avec un son qui me rappelle furieusement celui de son premier album solo), et que cette dernière se marie à merveille avec des parties de guitare électrique puissantes. Ensuite, parce que Steve nous gratifie d’un solo magistral en fin de titre. Enfin, parce que c’est lui qui chante toute la première partie du morceau, et que sa voix plus grave, plus profonde que celle de Davison, convient parfaitement au morceau.
L’Orchestre symphonique national tchèque fait son retour sur Ariadne, avec une introduction dans un style baroque qui n’est pas vraiment mon style, d’autant que le groupe a cru bon d’ajouter des sons de synthés très datés et pas du meilleur goût. C’est dommage, car dès l’arrivée des sections de cordes sur le premier couplet, le morceau prend une tout autre allure. Jon Davison y chante très bien, preuve que ce style doux et posé lui sied à merveille.
Tout le monde sur le pont, pour All Hands on Deck le sixième titre de l’album…et le premier titre vraiment rock. Enfin ! diront certains. Enfin, non. Le morceau très répétitif et un peu lourdingue, n’a vraiment que très peu d’intérêt. Heureusement ; il est rattrapé par le quasi-instrumental Outside the Box, un titre plutôt improvisé, bien pêchu et dynamique.
Pour clôturer l’album, Yes choisit d’interpréter une très belle ballade, tout en délicatesse, avec de magnifiques accords de claviers de Geoff Downes.
L’histoire aurait pu (dû ?) s’arrêter là ; mais nous sommes en 2026, et il est de bon ton pour tous les groupes ayant une certaine notoriété de proposer des “éditions spéciales“ avec des « “bonus tracks“. Nous aurons donc droit à Jambustin’ un morceau aussi sautillant que…pénible, qui n’a certainement pas d’autre utilité que de nous faire sortir dans laquelle nous avait plongés Emotional Intelligence. Heureusement, Billy Sherwood a concocté un dernier morceau, Watching the River Roll, qui relève le niveau et clôt réellement le disque en beauté.
Alors, Aurora est-il vraiment un album de Yes ? Certes, aucun des membres d’origine n’est présent sur le disque, Steve Howe ayant rejoint le groupe à partir du troisième disque. Mais est-ce une raison valable pour le renier ? Le line up a changé treize fois en près de six décennies. La question serait donc plutôt : cette œuvre s’intègre-t-il à l’univers de Yes ? Et la réponse est clairement oui. Bien sûr, les compositions sont moins déjantées moins osées, plus abordables et easy listening. Mais elles reposent toujours sur une musique de qualité et invitent toujours à la rêverie. Et en parlant de rêver, qu’est-ce que vous diriez d’un énième retour de Jon Anderson ?
- 1) Fait assez rare pour être signalé chez Yes, le groupe enchaine un deuxième album avec le même line up, Jay Shellen ayant remplacé le regretté Alan White à la batterie.
- 2) Apparemment, je ne suis pas le seul à trouver des similitudes entre ce clip et ceux proposés par Big Big Train pour leur superbe album the Artist.
Formation du groupe
Jon Davison : chant principal - Steve Howe : guitares, autoharpe , chœurs - Geoff Downes : claviers - Billy Sherwood : guitare basse, chœurs - Jay Schellen : batterie, percussions - Avec : l'Orchestre symphonique national tchèque, dirigé par Vladimir Martinka