Designed For Disaster

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(5 sur 5) / Cuneiform Records
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Rock Progressif

Etant grand fan de musique minimaliste / répétitive américaine façon John Adams ou Steve Reich, il ne m’a pas fallu bien longtemps pour m’approprier « Designed For Disaster » de Yang. J’avoue humblement que je n’avais strictement jamais entendu parler de ce groupe et évidemment encore moins de sa nationalité française … Un peu de bibliographie et j’apprends que c’est un projet lancé au début des années 2000 par Frédéric L’Epée, qui avait œuvré auparavant dans Shylock et Philarmonie. Me voilà en territoire un peu plus connu dans la mesure où je dispose des 2 albums du premier groupe cité ! Côté sonorités et rythmes c’est plutôt complexe et original, cela fait penser à King Crimson.

On démarre par « Descendance » avec son effet stéréo à la guitare qui démarre à droite et se complète ensuite à gauche. Pour les connaisseurs de Yang, une première surprise : on y chante ! En effet, outre les « anciens » Frédéric l’épée et Laurent James, qui se partagent les guitares, Nico Gomez à la basse et Volodia Brice à la batterie, c’est la chanteuse Ayşe Cansu Tanrikulu qui se charge de la partie vocale. Une première pièce en tous cas assez mélodique avec un intéressant dialogue entre vocalises aériennes et ligne de basse, tandis que la guitare égrène inlassablement son motif rythmique.

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Premier contraste sonore avec l’étonnant et énergique « Collision Course », très crimsonien. On admirera une écriture rythmique complexe avec ses retards, syncopes, superposition de signatures rythmiques, … Bref, l’auditeur ne reprend pied qu’en milieu de morceau lorsque la course s’interrompt sur de longues tenues d’orgue. Profitez de ce petit répit, ça ne va pas durer. La fin avec ses effets d’échos entre les guitares achèvera de vous perturber !

« Disentropy » vous fera entendre inlassablement son glas à la guitare, basé sur l’intervalle du triton. Un court interlude et « Words » assène ses onomatopées et ses sonorités distordues, telle une armée des ténèbres et sa marche inexorable. Vraiment saisissant ! Profitons ensuite d’un moment de grâce avec le retour du chant féminin dans un « Flower You » absolument magnifique. « Unissons », ni franchement sombre, ni tout à fait lumineux, oscille entre mineur et majeur, avec toujours ce qu’il faut de syncopes, retards et richesse rythmique pour sublimer les lignes mélodiques.

Plus loin dans l’album « Migrations » sublime tous les éléments musicaux déjà entendus dans une étonnante superposition de textures mélodiques et rythmiques complexes d’une incroyable musicalité. Les parties vocales et les lignes instrumentales (guitares acoustiques entre autres) sont de qualité supérieure. Un grand moment de musique ! Si je ne trompe pas dans mes décomptes, c’est un 11/8 qui donne à la « Voix du Mensonge » tout son sel. La pièce terminale, « Despite Origins » lance à la guitare un thème d’inspiration néo-baroque, tandis que les passages vocaux rappelleront quelque Carmina Burana.

Je ne sais pas à quel désastre annoncé se réfère le titre de cet album, mais le seul désastre que je vois poindre à l’horizon serait que cet album ne parvienne pas aux oreilles des amateurs de prog dans ce qu’il offre de meilleur. Rassurez-vous, je ne vais pas me lancer ici dans une énième définition de ce qu’est le rock progressif. Il s’agit ici simplement de musique parfaitement écrite et interprétée, d’une densité peu commune, et qui demeure parfaitement intelligible (critère essentiel en ce qui me concerne). Quelques mots-clés : Steve Reich, polyrythmie, musique modale, John Adams, King Crimson, contrepoint, Magma, musique répétitive, post-rock, Stravinsky …

Complexité de l’écriture et virtuosité instrumentale c’est très bien, il faut juste ne pas oublier de faire de la musique, sinon c’est le désastre assuré ! Yang, avec son quintette de haute volée, nous offre un Designed For Disaster (*) qui prend un malin plaisir à contredire son titre et à nous faire découvrir un monde sonore en perpétuelle évolution, fascinant, imprévisible … à découvrir d’urgence !

(*)

Formation du groupe

Frédéric L'Epée : Guitares, synthé, chœurs - Laurent James : Guitares, chœurs - - Nico Gomez : Basse, chœurs - - Volodia Brice : Batterie - Avec: - Ayşe Cansu Tanrikulu : Chant

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