Solaris

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(4.7 sur 5) / Pelagic Records
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Métal Progressif Post Metal Rock Progressif

Les Berlinois de The Ocean (nommé souvent jusque là The Ocean Collective ) reviennent avec un douzième opus qu’on n’attendait pas vraiment depuis que le groupe s’était produit pour un concert mémorable au Hellfest 2025, annoncé comme l’ultime sous sa forme d’alors. Le groupe a ensuite perdu les deux tiers de ses effectifs et beaucoup ont pensé que c’était la fin de l’aventure pour ce pilier incontournable de la scène Post Metal. C’était sans compter sur la détermination du guitariste fondateur, auteur-compositeur et parolier Robin Staps, du bassiste de longue date Mattias Hägerstrand et d’un nouveau batteur, Jordi Farré (Crippled Black Phoenix), engagé pour la tournée de 2025. Épaulés par 2 vocalistes, Enrico Tiberi et Lane Shi (Elizabeth Colour Wheel, Otay:Onii), ainsi que 2 guitaristes, Emmanuel Jessua et Marco Gennaro, The Ocean nouvelle mouture s’est lancé à corps perdu dans l’enregistrement de « Solaris », un album réalisé aux Hansa Studios à Berlin, connu dans l’histoire du prog comme le lieu qui avait accueilli les sessions d’enregistrement du « Misplaced Childhood » de Marillion en 1985.

Ce nouveau disque de The Ocean s’inspire du film de science-fiction philosophique du grand réalisateur Russe Andrei Tarkovsky, qui explore la rencontre entre l’humanité et une entité extraterrestre intelligente (l’océan Solaris), capable de matérialiser les souvenirs et les désirs refoulés des humains. D’autres thèmes sont également abordés comme la colonisation spatiale, l’intelligence artificielle, la réalité simulée et l’équilibre fragile entre exploration et destruction. Le projet est pressenti comme audacieux et marque le début d’une nouvelle ère pour le groupe.

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52°30’11” N, 13°26’12” E le morceau d’ouverture, dont le titre correspond aux coordonnées GPS du studio où l’album a été enregistré, est le point de départ d’un long voyage qui s’annonce. Un son de Celestia (piano à clochettes) des nappes de synthé modulaire (jouées par un invité de marque, Thorsten Quaeschning de Tangerine Dream,  et une voix mélancolique et introspective parviennent à créer une atmosphère tendue et éthérée. Departure Song s’enchaîne avec perfection pour laisser place à un morceau puissant, où les voix masculine et féminine s’accordent sublimement. Dans un style Post-Metal épique et mélodique, la chanson développe le thème du départ vers Solaris, une métaphore de l’exploration humaine (spatiale, scientifique, émotionnelle). Un morceau charnière qui définit le son de Solaris, entre puissance et mélancolie.
Light Pollution expose des sonorités Post-Metal atmosphériques avec de fortes influences électroniques pour illustrer la thématique de la pollution lumineuse comme métaphore de la dépendance humaine à la technologie et à la réalité simulée. Premier single extrait de l’album, il est très représentatif de la nouvelle direction de The Ocean, à la fois lourd et enveloppant. Construit sur 3 parties distinctes  avec une introduction immersive, puis une montée en crescendo faite de riffs lourds et de vocaux intenses, et enfin, un final épique avec des orchestrations et des synthés dominants, le tout réussissant le tour de force de garantir un subtil équilibre entre accessibilité et complexité.

Simulacra, la piste la plus longue du disque (plus de 17 minutes) est tantôt épique, tantôt chaotique. Selon moi ça ressemble surtout à un collage de plusieurs morceaux avec des transitions ni assez adaptées pour assurer du liant, ni suffisamment surprenantes pour créer de  vraies cassures. Le sentiment que j’en éprouve, c’est que l’ensemble est vraiment trop long, bien que les parties séparées restent impactantes. Avec Belligerence, on s’oriente vers un Metal progressif plus technique pour coller au thème de cette pièce, à savoir le caractère belliqueux des êtres humains et la violence comme moyen d’exploration. Les riffs lourds et syncopés, la voix, ici gutturale, d’Enrico Tiberi, sont autant d’éléments qui viennent symboliser la portée martiale de la musique. Et avec les dissonances créées par la voix inquiétante de Lane Shi, on n’est pas très loin de l’esprit de Tool. Ultima Esperanza est un autre titre parcouru par un souffle épique et puissant dans lequel la répartition des interventions vocales masculines ou féminines apporte une véritable richesse de registres. L’impeccable précision rythmique des riffs rappelle celle d’Opeth dans une certaine mesure. Milk Of My Dreams aborde le thème des rêves comme échappatoire à la réalité, inspiré par les hallucinations des explorateurs (ou des astronautes dans Solaris). C’est la très bonne surprise de la fin du disque avec son approche résolument expérimentale grâce aux forts accents Ambient et Trip Hop à la Massive Attack.

Enfin, 51°28’30”S, 73°6’11”W, logiquement le morceau de conclusion de l’album, est en réalité le prolongement de la piste précédente avec une volonté de pousser l’expérimentation électronique encore plus loin, non sans talent ni audace. Les coordonnées GPS indiquent Ultima Esperanza en Patagonie, où se termine le voyage fictif de l’album symbolisant cette fois-ci le retour sur Terre des astronautes explorateurs (les auditeurs et les membres du groupe)…

Après 25 ans de carrière, The Ocean se réinvente en accueillant un duo vocal complémentaire et singulier, ainsi qu’une paire de guitaristes inspirés. Les Allemands continuent de creuser leur sillon Post Metal lourd et atmosphérique tout en faisant montre d’audace dans leur volonté de poursuivre des expérimentations sonores et électroniques.
Il s’agit sans aucun doute pour eux, d’une nouvelle ère, pour ne pas dire ,d’une renaissance…

Formation du groupe

Lane Shi : chant - Enrico Tiberi : chant - Jordi Farré : batterie - Mattias Hägerstrand : basse - Emmanuel Jessua : guitares - Marco Gennaro : guitares - Robin Staps : guitares - Avec : Thorsten Quaeschning : synthés modulaires - Orestis Zafiriou : électronique et synthés - Simen Eifring : trombone

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