Fondé en 2016, The Circle Project n’est pas un groupe de musique à proprement parler, mais un collectif de musiciens espagnols né d’un groupe Facebook dénommé Prog Circle et animé par Ángel G. Lajarín. Un premier projet voit le jour, dénommé Bestiario et qui met en musique un étonnant bestiaire de créatures mythiques, parfois inquiétantes. Huit années ont passées, et Bestiario II reprend là où l’aventure s’était arrêtée et pas moins de 13 nouvelles créatures fantastiques, dont certaines sont bien réelles, viennent pointer leur museau !
Bien sûr, à tout collectif désireux de réaliser quelque chose de plus élaboré qu’une simple concaténation forcément hétéroclite de velléités musicales individuelles, il fallait un directeur de projet, lui-même musicien complet et rompu à tous les styles de musique et aux grandes joutes musicales. Le maître cordouan Rafael Pacha, connu entre autres pour ses participations à des projets collaboratifs tels The Samurai Of Prog ou The Guildmaster, s’imposait ici ! Nonobstant la consonance anglaise de la dénomination du groupe, c’est bien la langue de Cervantès qui prévaut dans cet album, du moins dans le descriptif parlé qui introduit chacun des morceaux. Toutefois le chant, pour les pièces qui en font usage, est principalement en anglais. Sauf erreur de ma part, les 20 musiciens à l’œuvre sont espagnols, le maestro italien Alessandro di Benedetti étant l’exception qui confirme la règle !
Ouvrons donc le deuxième volume de ce savoureux manuel de cryptozoologie, littéralement la science qui étudie les animaux dont l’existence n’a pas (encore) été prouvée scientifiquement. Si cela peut prêter à sourire concernant certaines créatures qui à l’évidence n’existent pas (en dehors de légendes locales), la recherche des animaux cachés permet aussi de révéler l’existence d’animaux que l’on pensait disparus. Le panda géant ou le cœlacanthe en sont deux exemples édifiants.
Démarrons l’étude des animaux ou plutôt des cryptides et faisons connaissance avec la manticore, superbe chimère d’origine persane avec corps de lion, visage humain et queue de scorpion. Même pas peur ! « Mantícora » nous conforte dans cet avis : une belle ballade à la guitare acoustique, plutôt mélodieuse et légère, qui tranche avec le symbole de tyrannie que représente cet animal mythique. Une autre chimère, mi-femme, mi-chauve souris, « Diaemus Gravida », nous vaut une musique plus contrastée, et ici la voix féminine s’imposait pour évoquer l’étrange ballet de la créature. Le calmar géant, bien réel celui-là (« Architeutis Dux (Kraken) », évolue lentement dans les profondeurs océaniques sur des sonorités de synthé sourdes et énigmatiques. « Pardus Alatus Nero » évoque à merveille la puissance et la faculté de voler de ce félin doté d’une paire d’ailes : un très beau travail de guitare qui survole une musique bien rythmée.
« Homo Narcissus -Leno Litore, Assinus Facies », on comprend aisément qu’il s’agit d’une caricature d’un certain Homo Sapiens … Composé par Rafael Pacha, il s’agit de la pièce la plus développée de l’album, et l’une des plus typée et inventive, façon Gentle Giant. On fait ensuite connaissance avec « Meiga », un démon gallicien, incarné avec beaucoup de lyrisme par José Carballido de sa voix théâtrale (déjà entendue dans le morceau précédent). Changement de folklore et partons pour l’Irlande où le « Rainbow Leprechaum » qui déteste la pluie, la transforme en arc-en-ciel. La musique se fait plutôt mélancolique et se teinte à l’occasion de quelques sonorités celtiques. Un rythme ternaire donne vie à un autre félin volant, Grifelino Coloris, sur une musique aérienne et pastorale.
Le « Tardo », une autre créature de Galice, du genre gobelin cette fois, nous vaut un scherzo enjoué et dansant. Une créature marine bien connue, l’odontocète « Narvalus Transeo », fend les eaux sur un air jazzy. Place au magnifique « Papilio Evanescens ». La musique évoque avec beaucoup de poésie le papillon émergeant lentement de l’univers restreint du cocon, pour prendre son envol dans le monde quasi infini. Passons du gracieux lépidoptère à l’inquiétant coléoptère « Draculi Scarabus » qui, malgré ses vives couleurs, se voit attribuer une musique sombre et déstructurée. Le bestiaire se clôt sur « Auxia », décrit comme un mammifère placentaire poilu, aux caractéristiques préhistoriques, pouvant mesurer jusqu’à six mètres et demi et peser 600 kg. Pas certain que vous ayez envie de le rencontrer ! Pourtant nulle agressivité dans la musique presque légère qui donne à l’improbable créature un air plutôt débonnaire, et qui clôt l’album sur une note enjouée.
En tant qu’Homo (Prog)Criticus, j’ai particulièrement apprécié cet album impeccablement réalisé. Bestiario II (*) fait le plein de bonnes idées musicales – musique à programme qui se veut descriptive et dont chaque tableau contribue à la constitution d’une magnifique suite symphonique d’une grande originalité !
(*) https://thecircleproject.bandcamp.com/album/bestiario-ii
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