Not Normal After Music
Par Rafael Pacha With The Friends Of (Con)fusion
Titres
- Contradiction
- El Diablo Cuando Se Aburre..
- Joy
- Plowman of the Sky 5
- When in Doubt...
- Top of the Hill
- Silence Is a Sticker
- Wonder If I'll Be
- Joy (Alternative Version) (Bonus Track)
On connait Rafael Pacha pour ses nombreux travaux en « solo », lui qui joue presque de tout avec maestria. On le connait aussi pour ses multiples participations aux Samurai of Prog, et bien sûr à son pendant orienté prog folk, The Guildmaster, plus proche de l’inclinaison naturelle du musicien de Cordoue. Citons également le récent Bestario du collectif The Circle Project, dont il assure la direction musicale. Mais le connait-on sous toutes ses facettes ? Pour ma part j’en étais resté à son avant dernier album, A Bunch Of Forest Song, qui conservait une inspiration à la Mike Oldfield ou Alan Stivell. J’avoue avoir été surpris à la découverte de ce nouveau CD pour lequel il se présente sous la dénomination de Rafael Pacha With The Friends Of (Con)fusion, sans parler du titre de l’opus, Not Normal After Music. Les amis en question je pense en connaître certains ! La surprise gagne encore un bon cran lorsque l’on découvre la première page du livret accompagnant le CD. Un texte anglais publié en 1920 d’un certain DUQUE (Summer Palace, Paris, France), vous explique doctement comment le jazz est cause directe de discorde sinon, de divorce dans le couple. Le délire se poursuit en attestant des méfaits que produit son écoute ou même le fait de danser sur du jazz… Diable, rien que ça ! Je commence enfin à comprendre le sens du jeu de mots (con)fusion du titre. Un petit coup d’œil à la liste des amis en question, et en voyant les mentions d’Alessandro di Benedetti et de Kimmo Pörsti, plus de doute dans mon esprit : ces deux là ont souvent montrés dans leur musique un fort penchant pour le jazz-rock. Le reste du line-up va dans ce sens et les indices sont donc clairs et concordants : nous sommes en présence d’un album dont le contenu en fusion / jazz-rock est sans doute important. Ca tombe bien : j’aime ça …
D’ailleurs pour l’entame, « Contradiction », le guitariste espagnol nous accueille avec une mélodie et des sonorités très metheniennes. La basse virtuose de Micheal Manring, ancien élève de Jaco Pastorius, achève de planter le décor. Les jazzeux ne manqueront pas non plus de noter la belle présence du finlandais Risto Salmi au sax. L’ambiance jazz-rock se poursuit avec un « El Diablo Cuando Se Aburre… », dans une atmosphère plus intimiste. Le titre fait référence à une maxime espagnole signifiant qu’il est inutile de critiquer ceux qui gaspillent leur temps à faire des choses inutiles … comme par exemple jouer d’un instrument de musique (!). Ce morceau est pourtant une belle occasion d’entendre le pianiste italien Alessandro di Benedetti perdre son temps avec le talent qu’on lui connait ! Les autres musiciens ne sont pas en reste dans cette très belle ballade jazz-rock mélodique.
Pour « Joy », Rafael Pacha renoue avec son style plus habituel, autour d’une danse folklorique. Le mix pop-folk et jazz-rock est excellent. On admire une fois de plus l’aisance du guitariste, mais aussi les très belles sonorités de la basse du finlandais Jan-Olof Strandberg.
Nous arrivons en milieu d’album avec les 18’ de « Plowman Of The Sky ». Les littéraires se souviendront peut-être de l’ouvrage Antoine de Saint-Exupéry, laboureur du ciel, de Curtis Wilson Cate, écrivain et journaliste français d’origine américaine. Une première partie met en scène deux protagonistes : St-Ex (comme on dit chez nous) et un enfant, incarnés respectivement par Alessandro di Benedetti et Paula Pörsti. On connait évidemment l’italien pour sa science des claviers, mais il se révèle également être un excellent chanteur, qui fait parfaitement ressortir la sagesse et la bienveillance du célèbre aviateur. Quant à la chanteuse finlandaise elle donne à l’Enfant cette naïveté teintée de curiosité, accentuant le caractère scénique de cette première partie chantée, qui se déroule dans une calme et douce lumière, et une ambiance pastorale. Place ensuite à un long développement instrumental beaucoup plus contrasté. L’émotion est palpable tout au long de cette belle épopée.
Pour « When In Doubt… » Pacha se souvient qu’un de ses anciens professeurs lui avait dit qu’en cas de doute, augmente la complexité de ce que tu fais. Le morceau, clairement jazz-rock, ne fait pourtant nullement dans l’expérimentation instrumentale, restant au contraire dans une atmosphère très mélodique et même dansante. Le morceau débute sur un intriguant motif de 9 notes au piano, bientôt rejoint par la guitare, puis la batterie de Kimmo. Après un certain nombre de reprises du thème, le sax fait son apparition, puis la musique s’éteint doucement … pour laisser place à un intermède jouissif de style jazz manouche !
« Top Of The Hill », évocation d’un souvenir d’enfance, nous plonge dans une ambiance joyeuse, avec quelques éléments de latin jazz, mais aussi des moments plus contemplatifs. « Silence Is A Sticker » est une ballade lente, laissant tour à tour parler les divers instruments autour d’une nouvelle très belle mélodie. Deuxième et dernier morceau chanté de l’album, « Wonder If I’ll Be », animé par la voix de John Wilkinson, est un rock plus traditionnel. En guise de bonus, les deux compères Pacha & Pörsti, reprennent à leur compte une version alternative de « Joy ».
On l’aura compris, Not Normal After Music (*), entièrement composé par Rafaël Pacha, se révèle assez différent de son prédécesseur A Bunch Of Forest Songs. Si on trouve ici quelques éléments caractéristiques du style du musicien cordouan, notamment dans certaines envolées folk, ou encore dans l’instrumentation toujours très originale (présence de cithare, viole de gambe, flûte à bec, notamment), l’ensemble est effectivement globalement très orienté jazz-rock / fusion. Il ne s’agit nullement d’un exercice de style déconnecté des préoccupations habituelles du musicien espagnol, mais bien d’un prolongement de son art vers d’autres horizons. Et c’est une réussite !
Nous déclinons évidemment toute responsabilité quant aux désagréments qui seraient engendrés par l’écoute d’une telle musique. Vous voilà prévenus !
(*) https://www.seacrestoy.com/NEW-RELEASE/#wbb1
Formation du groupe
Rafael Pacha : guitares, low whistle, claviers, zythère, flûtes à bec, percussions, violon électrique, viole de gambe, basse Avec : - Risto Salmi : saxophone - Alessandro Di Benedetti : chant, claviers - Michael Manring : Zon Hyperbass - Paula Pörsti : chant - Jan-Olof Strandberg : basse - John Wilkinson : chant - Toni Jokinen : guitare
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