Titres
- Le voyageur égaré se noie incognito 03:22
- Neuf songes 09:36
- Errance 05:55
- À prétendre s'en détacher 01:47
- Agréments parfaitement bleus II 06:22
- Noëtra 07:34
- Transparences 07:43
- Printemps noir 10:28
- Qui est il qui parle ainsi ? III 04:50
Exercice à la fois inhabituel et exaltant que celui de chroniquer la sortie jumelée d’une compilation célébrant le 50ème anniversaire d’un groupe de rock progressif des 70s, et du livre autobiographique détaillé de son fondateur.
Sur une préface de Christian Gerhards (fondateur de la marque d’enceintes haute-fidélité Confluence), ‘’A prétendre s’en détacher’’ retrace avec une grande humilité de son auteur, l’itinéraire du guitariste & compositeur Jean Lapouge : ses jeunes années en Normandie (dans le Cotentin puis à Granville) au sein d’une famille d’enseignants, le pensionnat à Valognes, son autoapprentissage de la musique, la batterie puis la guitare dès l’âge de 13 ans, ses amitiés, ses rencontres, les clubs (Cherbourg…), les orchestres de bal (Poitiers…), Marie-Christine, ses deux enfants, l’installation en Dordogne, Daniel, Denis…et Christian, son complice de toujours, Noëtra, ses premières compositions et au cœur de la campagne périgourdine, cette grange aménagée en local de répétition et d’enregistrement sur un magnétophone Revox. 1981 fut une année de rupture. Il y eut en effet, un avant et un après le 18 juin 1980, un rendez-vous à Munich entre Jean Lapouge et Manfred Eicher, une rencontre emplie d’espoir suite à laquelle un projet d’album chez ECM allait finalement avorter, laissant une plaie qui jamais, ne se referma complétement.





Néanmoins, passé le temps des désillusions et du doute, le guitariste autodidacte se plongea dans le cycle des méthodes de la Berklee School, et retravailla d’arrache-pied l’harmonie et l’improvisation. Cette montée en compétences s’avéra tout aussi bénéfique au sein de son groupe (où le guitariste s’effaçait trop derrière le compositeur) que dans son activité d’enseignant qu’il exerça jusqu’en 2014. Evoquée en dernière partie du livre, la carrière solo de Jean Lapouge fut inaugurée en 1993 par l’excellent ‘’Hauts Plateaux’’, un album de jazz atmosphérique en quartette qui, une fois encore, eût légitimement trouvé sa place au sein des productions ECM (on pense également à Oregon ou à Pat Metheny). Par la suite, il se produisit en trio (‘’Temporäre’’, ‘’Plaything’’) puis en duo, toujours avec Christian Paboeuf (‘’Atlas’’), ou encore le bassiste américain Kent Carter (‘’Jean Lapouge / Kent Carter’’) et récemment avec son fils Nicolas (‘’Soir Et Basalte’’ puis ‘’Le Voyage D’Hiver’’ chroniqué dans les pages de ProgCritique).
En 1992, alors que Noëtra s’était séparé sept ans plus tôt, un ami du cousin de Jean envoya au label Musea une cassette du groupe, que ce dernier lui avait offerte. Très enthousiaste, Bernard Gueffier patron de la maison de disque messine, décida d’exhumer ce répertoire enregistré sous divers formats (octette, quintette…) pendant la période 1978-1981. Musea publia ‘’Neuf Songes’’ en juin 1992, puis ‘’Définitivement Bleus’’ juin 2000. Ces deux opus furent complétés en 2010 par le ‘’Live 83’’ introduit par l’épique ‘’Long Métrage’’ et enregistré en Janvier 1983 à l’initiative de Michel Grégoire (Radio France Périgord), puis en 2011, par ‘’Résurgences d’Errances’’ groupant des morceaux enregistrés en public au cours de ces 3 années actives. Porté à défaut de claviers (absents de cette formation) par une instrumentation de cuivres, vents et cordes, Noëtra s’inscrivait dans un style musical quasiment inclassable, sorte de ‘chamber prog’ mêlant rock in opposition, jazz-fusion, Canterbury bien sûr (Soft Machine étant l’une des influences majeures) mais également impressionnisme et musique contemporaine.


Un demi-siècle plus tard, pour ‘’Noëtra Dans La Grange« , première compilation du groupe, Jean Lapouge a soigneusement sélectionné neuf morceaux des deux premiers albums précités, dont sept extraits de ‘’Neuf Songes’’. A propos de son morceau-titre et de ses bruitages, il est assez troublant d’écouter celui de ‘’Little Movements’’ (Eberhard Weber Colours/ECM 1980) et ses bruitages accompagnant là aussi une boucle répétitive, de surcroît lorsqu’on sait que ‘’Neuf Songes’’ avait particulièrement séduit Manfred Eicher (comme il le fit remarquer le 18 juin) et que l’album d’Eberhard Weber fut enregistré seulement quelques jours plus tard, en juillet… A propos de ‘’Qui Est-il Qui Parle Ainsi ? III‘’ mettant en exergue au hautbois solo, Christian Paboeuf, improvisateur et poly instrumentiste émérite, Jean Lapouge mentionne que ce morceau a précisément été placé en fin de playlist car il représentait l’aboutissement de la technique d’enregistrement mise au point par ses soins sur le Revox. Cette compilation a permis en outre, de restituer les versions ‘uncut’ d’origine, de ‘’Noetra’’ et surtout ‘’Printemps Noir’’ qu’enluminaient les chorus du violoniste Pierre Aubert puis du tromboniste Jacques Nobili, le morceau passant ici de 7 à 10,30 minutes.
A noter enfin que l’intégrale de Noëtra & Jean Lapouge est disponible sur la page Bandcamp.
Formation du groupe
Jean Lapouge : guitares, toutes compositions & arrangements - Christian Paboeuf : hautbois, flûtes à bec - Denis Lefranc : basse, basse à pistons, voix - Daniel Renault : batterie - Pierre Aubert : violon Pascal Leberre : saxophone soprano, clarinette - Francis Michaud : saxophones soprano et & ténor dans ‘’Agréments Parfaitement Bleux II’’, flûte traversière- Denis Viollet : violoncelle - Claude Lapouge : trombone - Jacques Nobili : trombone dans ‘’Printemps Noir’’ et ‘’Qui Est-il Qui Parle Ainsi ? III’’ - Laurent Tardif : alto dans ‘’A Prétendre S’en Détacher’’




La chronique de Michel Linker, qui vient de paraître sur le site ProgCritique arrive à point nommé pour attirer l’attention sur la sortie de mon récit retraçant l’épopée du groupe Noëtra… Je remercie toute l’équipe de rédaction qui a rendu la chose possible. Jean Lapouge