Numen

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(4.2 sur 5) / Autoproduction
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Instrumental Jazz fusion Jazz-Rock Rock Progressif

Autant l’annoncer tout de suite, je ne me sens plus vraiment attiré par les exploits discographiques des guitares-héros ou des basses-héros. J’ai néanmoins décidé d’ouvrir un peu mon esprit et de chroniquer ce disque de Fernando Molinari, rassuré peut-être aussi parce qu’il s’agissait d’un EP dont la durée effleurait à peine la demi-heure.

Ce jeune bassiste brésilien s’impose petit à petit comme une référence du Metal, du Prog et de la fusion Jazz-Rock, il a d’ailleurs remporté le prix du Meilleur Artiste Instrumental au concours Samsung E-Festival (le plus important concours du genre au Brésil) en 2017. Il joue également de la guitare, dispose de solides compétences en tant qu’arrangeur et surtout affirme qu’il est plus intéressé par l’aspect mélodique que par la technique.

Le terme Numen (titre de l’EP) en latin désigne une présence divine, une manifestation du sacré, sans référence à un dieu spécifique. Molinari y voit une métaphore de la musique comme espace de transcendance, de guérison et de connexion à quelque chose de plus grand que soi. L’EP est né d’une période difficile de sa vie, où la composition a servi d’exutoire et de source d’apaisement. Pour favoriser l’écriture de ces titres, Molinari raconte qu’il enregistre d’abord les idées vocales sur son téléphone, puis les transcrit pour tous les instruments, sans se limiter par la seule technique de la basse.

La première piste Minerva (Minerve, déesse de la guerre et de la stratégie) avec sa rythmique asymétrique en 5/4 et sa mélodie complexe fait immédiatement penser au Song To The Pharoah Kings du génial Al Di Meola, mais au-delà de cette influence difficilement contestable, ce morceau est aussi un manifeste technique de Molinari, prouvant sa maîtrise de la composition en mesure impaire et de l’équilibre entre densité et accessibilité. Netuno (Neptune) évoque les profondeurs océaniques, la puissance et le mystère, avec une approche plus heavy et expérimentale, emmené par le jeu de batterie si caractéristique de Marco Minnemann (The Aristocrats, Steven Wilson) qui permet aux musiciens de lâcher les chevaux et à Fernando Molinari de faire claquer avec une obstination métronomique les cordes de sa basse. Mitra (dieu indo-iranien de la lumière et des contrats) est le morceau le plus ethnique de l’EP, avec une forte influence flamenco et des éléments sombres et profonds. L’utilisation accentuée de la guitare acoustique convoque bien évidemment le fantôme bienveillant de l’immense Paco de Lucia.

Gemina (jumeaux, en latin) symbolise la dualité et l’interconnexion, avec des influences moyen-orientales et des textures jazz fusion. Le titre est parcouru par un souffle prog symphonique et la mise en valeur du violoncelle de Mariko Muranaka apporte une touche véritablement cinématographique en évoquant l’univers sonore d’un Hans Zimmer. A noter aussi, le pont où se développent le piano, puis la basse fretless et où le morceau semble glisser progressivement vers une fusion Jazz un peu clich,é avant d’être rejoints de justesse par le retour du cello et du thème principal. Marte (Mars, dieu de la guerre) est le morceau le plus direct et groovy de l’EP, joué en trio (basse, batterie, guitare). C’est sans conteste le morceau le plus accessible de l’EP, mais sans sacrifier la complexité rythmique ou la profondeur compositionnelle. Un hymne metal qui clôt l’EP en apothéose. On peut y entendre des riffs qui rappellent la complexité et la lourdeur de ceux de Meshuggah.

« Numen »  est une œuvre conceptuelle qui repousse les limites du prog, de la fusion et du métal, tout en restant fidèle à l’émotion. Fernando Molinari y dévoile sa maîtrise de la composition, de l’arrangement, de la performance et montre qu’il est l’un des musiciens les plus innovants de sa génération au Brésil.

Formation du groupe

Fernando Molinari : Basse.- Marco Minnemann : Batterie (Minerva, Netuno et Gemina). - Andre Nieri : Guitares (Minerva et Netuno). - Mariko Muranaka : Violoncelle (Gemina). - Joao Hanysz : Guitares acoustique et électrique (Mitra et Marte). - Luigi Paraventi : Batterie (Marte). - Chris Clark : Piano solo (Gemina). - Arthur Rezende : Batterie (Mitra). - Daniel Felix : Piano électrique, claviers et effets (Netuno et Gemina). - Herbert Medeiros : Claviers (Minerva). - Cristian Del Giorgio : Claviers (Mitra). - Pascoal Molinari, Rosemary Molinari et Juliana Chimenes : Claquements de mains rythmiques (Mitra).

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