Comma

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(4.5 sur 5) / Soft Greens Music
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Jazz-Rock Rock Progressif

Etant grand fan de rock progressif ET de jazz-rock, c’est toujours un bonheur de découvrir de nouveaux groupes qui se positionnent à l’interface de deux de mes genres musicaux favoris. « Comma » se trouve être le numéro 3 de la discographie de Monobody, quintette instrumental de Chicago formé en octobre 2013, composé d’Al Costis (basse, synthés), Collin Clauson (claviers), Conor Mackey (guitare), Steve Marek (basse) et Nnamdi Ogbonnaya (batterie)

Si on écoute « Comma » avec les oreilles réglées sur rock on trouvera l’album très jazz, évidemment la réciproque fonctionne et avec un réglage sur jazz, vos oreilles trouveront l’album plutôt rock ! Petit coup d’œil à la pochette brillamment colorée et à la liste des7 pistes. Et puis en 7eme position, un nom qui m’intrigue car il me rappelle quelque chose, phaon crescent … Quelques clics et je tombe sur la photo d’un magnifique papillon d’Amérique du Nord. Quelques clics supplémentaires et je comprends que les 6 autres pistes sont également les dénominations d’autant de papillons tous plus colorés les uns que les autres. Ma science des lépidoptères étant somme toute assez limitée, malgré quelques lectures spécialisées il y a bien longtemps, les nombreux entomologistes lecteurs de ProgCritique me pardonneront de ne pas trop m’y attarder. Mais c’est tout de même avec un sentiment de légèreté et des images de couleurs vives que j’aborde la musique de « Comma » !

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Habitué des forêts tropicales humides d’Amérique Centrale, « Eighty Eight » (Diaethria anna) – le numéro 88 est vraiment écrit sur ses ailes ! – est prétexte à un bondissant jazz-rock tout à fait réjouissant et plein d’allant. On peut dire la même chose de « Sylphina » (Chorinea sylphina) avec des instrumentistes qui déroulent sur un tempo rapide entrecoupé de moments plus calmes et aériens. « Cloudless Sulphur » développe un côté plus bucolique et c’est un papillon jaune qui est ici à l’honneur (Phoebis sennae), et qui doit être un cousin américain des piérides qui voletaient dans les jardins bretons de ma jeunesse. Le quintette s’en donne à nouveau à cœur joie dans « Atala » et son superbe rythme syncopé et inégal, thème lumineux, dialogues aériens entre piano et guitare, section rythmique puissante. Lumineuse évocation d’Eumaeus atala !

Je n’ai pas trouvé à quelle espèce particulière « Mimic » se référait mais musicalement c’est du grand jazz-rock, admirez le travail des musiciens sur l’intro ! Un des très bons moments de l’album. « Harvester » (Feniseca tarquinius), c’est une musique plus atmosphérique, avec un superbe thème récurrent de 5 notes aux claviers qui sert de fil rouge sur l’ensemble du morceau, traité en peu en style minimaliste. « Phaon crescent », la piste finale est le sommet de l’album et accessoirement la piste la plus longue. Ce beau papillon de Floride (Phyciodes phaon) méritait bien cette débauche finale d’énergie musicale, ses rythmes et progressions harmoniques qui ne vous laissent quasiment aucun répit, si ce n’est un court moment de calme au milieu.

Avec une musique assurément virtuose (le quintette de Chicago assure à tous les niveaux), pleine de minutie et de couleurs (ce qui caractérise finalement bien les ailes des papillons), « Comma » se situe à l’interface jazz / post-rock avec une musique effervescente et brillante, assez new age, dont certains aspects (par ex. le jeu de guitare) rappellent un certain Pat Metheny. La musique de Monobody me fait penser à certains tableaux (par ex. de Dali) qui sont complexes et bourrés de détails quand on les regarde de près mais qui, une fois pris un certain recul, donnent une image globale tout à fait différente une fois les détails estompés et savamment mélangés. Superbe et réjouissant ! A must hear.

Au dernier recensement il y aurait environ 165 000 espèces de papillons décrites scientifiquement, et dont finalement fort peu sont décrites musicalement (au moins 7 en tous cas !) …

Formation du groupe

Al Costis : basse, synthés - Collin Clauson : claviers - Conor Mackey : guitare, synthés - Nnamdi Ogbonnaya : batterie - Steve Marek : basse

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