Barkston Ash

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(4.6 sur 5) / Autoproduction
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Rock Progressif

Ian Neal fait partie de ces multi-instrumentistes anglais qui, à l’instar d’Andrew Marshall (Willowglass) et de Graham Dunnington (Looking-Glass Lantern), participent de cette longue tradition d’un prog symphonique anglais qui trouve ses racines dans Trespass, Nursery Cryme et autres Selling England. Je parle ici d’inspiration, et en aucun cas d’un quelconque à la manière de ! Je parle aussi de musique bien écrite et mûrement pensée. Pratiquant le clavier depuis ses débuts, étoffant par la suite ses compétences à la guitare, Ian Neal sort un premier album en 2005 (All in the Golden Afternoon…), puis un second et un troisième respectivement en 2011 (Out of the Woods) et 2013 (Astro). Et il faudra attendre près de 10 ans pour pouvoir apprécier l’opus 4, Barkston Ash.

Démarrage électrique avec le puissant « Fair winds » et un thème de guitare pour le moins conquérant, habilement soutenu harmoniquement à l’orgue. Après quelques répétitions du thème, un mid-tempo et des harmonies soyeuses prennent le relai. Plus loin un dialogue très véloce entre la guitare et la basse, démontre un jeu de guitare de Ian plutôt virtuose. Peu après le milieu de piste, le piano et les claviers reprennent le flambeau. Au final un très bel instrumental dans on se laisse facilement emporter par ces vents favorables et les vocalises célestes d’Evgenia Papamikrouli.

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Ian Neal

« Ash Phrixus », voilà un titre intéressant, qui nomme de fait scientifiquement (selon la dénomination latine binomiale) une plante ou une fleur imaginaire. Cette évocation botanique nous vaut une très belle pièce à nouveau instrumentale qui, après un début pastoral et mélodieux allant crescendo, adopte bientôt un style jazz-fusion sur un excellent rythme à 6 temps donné pas la basse, tandis que le piano et orgue jouent habilement sur les contre-temps. Les dernières minutes reviennent à l’atmosphère calme du début de piste avant la coda et ses chœurs mellotronesques. Un délicat et acoustique interlude, joliment rythmé aux percussions, « Barley Harvest », vient offrir une courte respiration musicale.

La piste suivante « Holst’s Hollow » fait référence au grand symphoniste anglais Gustav Holst, compositeur de l’immortelle suite The Planets. Mais ça n’est pas ce chef d’œuvre qui inspire ici Ian Neal, mais une œuvre légèrement antérieure, Psalm 86. Le thème du psaume est ici repris dans une version instrumentale qui n’enlève rien à la grandeur de la pièce de Holst. Si le plain-chant de la pièce classique lui confère une atmosphère aérienne, « Holst’s Hollow » se veut plus âpre et va crescendo quasiment jusqu’à son terme.

Cette fois c’est un tableau du fameux peintre paysagiste anglais John Constable intitulé The Vale of Dedham qui, une fois mêlé aux propres souvenirs de Ian, inspire ce superbe morceau symphonique qu’est « The Vale of Linden ». Si vous aimez les grandes fresques genesiennes vous serez d’abord conquis par la noblesse du premier thème à la guitare et les vocalises féminines qui lui succèdent. Le climax à la guitare électrique vers 2’25 et son ré majeur lumineux est parfait ! La suite est un régal de musicalité.

La piste finale « Come Haversting! », inspirée par la lecture de la poétesse anglaise Christina Rossetti, nous offre une ballade pastorale rythmée en 7/4 et dont certains passages et l’esprit rappellent nettement Barclay James Harvest, ce que Ian lui-même concède. Un passage grandiose au Mellotron conclut cette pièce véritablement solaire, ce à quoi contribue bien sûr la voix aérienne Evgenia Papamikrouli. A vrai dire, ce morceau final est un véritable hymn (*) ! Pas de doute, ici nous sommes en Arcadie.

La musique Ian Neal s’abreuve aux sources du prog anglais des seventies et de la musique classique, et tant qu’à faire je recommande aussi vivement l’écoute des trois albums précédents. Barkston Ash est un travail échelonné sur plusieurs années, dans lequel Ian Neal nous livre un album d’une musicalité de haut niveau, d’une belle sensibilité et d’un optimisme réjouissant et communicatif. Il ne vous reste plus qu’à arpenter les paysages poétiques du Comté de Derby dans les Midlands et vous laissez porter par ce prog symphonique de belle facture. Well done!

(*) Un fameux titre de BJH justement (https://www.youtube.com/watch?v=-aPnFTFrg5k)

Formation du groupe

Ian Neal : Claviers, guitares, chant, mellotron virtuel, orgue, piano - Evgenia Papamikrouli : Chant et narration sur The Vale of Linden

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