Nocturnes

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(4.6 sur 5)
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Métal Progressif

Une fois n’est pas coutume, je me lance dans un disque de métal, gothique qui plus est. Il n’est pas inutile de temps à autre sortir de sa zone de confort ! Il faut aussi dire que pour moi le heavy metal aux accents gothiques s’est arrêté avec Black Sabbath

Angellore est un groupe formé de cinq jeunes musiciens, mais il n’en est pas moins expérimenté. Né en 2007 d’une rencontre entre les dénommés Rosarius et Walran, augmenté par la suite de Lucia, Celin et Ronnie, Angellore en est à ce jour à son quatrième album studio. Pour aller un peu plus loin dans le pourquoi du comment, il me suffit de constater que les morceaux sont particulièrement développés, pour ajouter l’adjectif progressif à une musique qui ne le réclamait pas, le groupe évoluant clairement dans la mouvance doom metal romantique et metal gothique, assez loin a priori du genre musical qui nous occupe ici. Mais on convient aisément à l’écoute de cette musique souvent théâtrale, aux thèmes et sonorités amples, puissante mais sans agressivité excessive, que Nocturnes et ses prédécesseurs méritent une écoute attentive de la part de la communauté prog. Ajoutons-y flûte, hautbois, clarinette basse et violoncelle maniés par autant de musiciens invités, et vous avez une idée de la richesse instrumentale déployée. Je gage toutefois que certains vocaux, typiques du doom metal sauront vous surprendre. Renseignements pris ça s’appelle du growl, ce qui nous éloigne sans doute un peu des prestations de Peter Gabriel ou de Jon Anderson.

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« Falling Birds » débute dans la douceur d’une danse gentiment syncopée, énonçant un thème noble et puissant repris ensuite par l’orchestre metal. Moment de pure poésie atmosphérique quand le chant de Lucia, simplement accompagné de la guitare acoustique, vient littéralement vous envouter. Ce clair-obscur musical, particulièrement mélancolique, est entrecoupé de puissants débordements aux impressionnants effets vocaux, mais toujours la guitare acoustique, imperturbable, reprend à son compte la calme trame mélodique. La toute fin reprend le mouvement ternaire de valse de l’introduction.

Après les solides fondations posées par ce grand morceau d’introduction, « Black Sun River » vous emmène sur un flot musical quasi ininterrompu, irrésistible et impétueux. Le contraste entre la voix masculine dans un registre grave et la voix féminine qui culmine est saisissant : l’éternel dialogue entre la terre et le ciel, entre fantômes et anges.

« Forsaken Fairytale » nous offre un moment plus pastoral et assagi, sans se départir de cette mélancolie si bien rendue par les tonalités mineures. La mélancolie devient même une infinie et rageuse tristesse lorsque le chant grave et rauque s’empare de la scène. Plutôt que de terminer sur une note par trop désespérée, quelques lents accords finaux, joués pianissimos amènent sinon le repos, du moins l’apaisement.

« Martyrium » c’est le long climax de cet album, une grande fresque sonore qui agrège toutes les lignes de force qui irriguent Nocturnes. Des chœurs cathédralesques nous accueillent avant de se lancer dans un allegro intrépide et violent. Rien ne semble vouloir arrêter la course folle, qui fini par s’interrompre, le temps d’un moment apaisé et très poétique. Imperceptiblement les sonorités s’amplifient peu à peu dans un long crescendo qui atteint le paroxysme.

Quoi de mieux qu’un magnifique chant accompagné de la guitare acoustique pour débuter la conclusion de l’album, poétiquement titrée « A Dormant Stream ». Lui répond alors un puissant riff, venu des profondeurs de la terre. Qu’à cela ne tienne, la voix de Lucia survole aisément le tapis sonore puissant et sombre. Un long break instrumental d’une infinie douceur vient répéter à foison le superbe thème mélodique. Sans surprise, la coda, toute en grandeur, assène une dernière fois un long cri rageur, tandis que les chœurs entament une litanie aux accents véritablement guerriers.

Après ce bref survol, nous voilà parvenus au terme de Nocturnes (*), le bien nommé. A l’écoute de cette ténébreuse et crépusculaire cathédrale sonore, je n’ai pas de doute sur le succès de cette musique auprès d’un public conquis par la chose gothique et férue de metal. Au-delà des chapelles ou des mots-clés dont on aime aujourd’hui qualifier toute musique, il m’a semblé que l’écriture musicale plutôt fouillée et résolument symphonique, et la haute qualité de l’interprétation vocale et instrumentale de ces pages d’un romantisme abondamment teinté d’une mélancolie envoutante, valaient bien toute la considération de la communauté progressive, tendance prog metal évidemment (**) !

(*) https://angellore.bandcamp.com/album/nocturnes

(*) Je vous laisse aussi découvrir une autre facette du groupe au travers d’un court clip vidéo qui me tient particulièrement à cœur, je n’en dirai pas plus.

Formation du groupe

Lucia : Chant - Rosarius : Chant clair et guttural, guitares électriques et acoustiques, synthétiseurs, piano à queue - Walran : Chant guttural et clair, synthétiseurs, piano à queue - Celin : Basse, guitares additionnelles, EBow, chœurs extrêmes - Ronnie : Batterie et percussions - Invités (par ordre d'apparition) : Gunnar Ben : Hautbois sur « Falling Birds » et « A Dormant Stream » - Ségolène Perraud : Flûte sur « Falling Birds », « Forsaken Fairytale » et « A Dormant Stream » - Dirk Goossens : Clarinette basse sur « Falling Birds » - Raphaël Verguin : Violoncelle sur « Forsaken Fairytale » et « A Dormant Stream »

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