En Février 1975 paraissait chez Columbia, l’album ‘’Visions Of The Emerald Beyond’’.
En Avril de l’année précédente, l’étonnant et néanmoins brillant projet ‘’Apocalypse’’ produit par George Martin qui associait au Mahavishnu Orchestra, le London Symphony Orchestra, avait conduit John McLaughlin à reformer complètement son effectif suite aux départs en 1973, de Billy Cobham, Jan Hammer, Jerry Goodman et Rick Laird. Le second line-up du groupe, fut à nouveau réuni à l’occasion de ce quatrième album studio co-produit par Ken Scott et enregistré entre le 4 et le 14 Décembre 1974 aux studios Electric Lady de New York, puis aux studios Trident au cours de la seconde quinzaine de ce mois de Décembre pour le mixage. Nous retrouvions donc ici la section rythmique ‘Narada’ Michael Walden/Ralphe Armstrong, le violoniste Jean Luc Ponty et aux claviers, l’épouse de Chick Corea, Gail Moran. Quelques invités venaient ponctuellement enrichir cette instrumentation par une section de cuivres et de cordes. Le titre de l’album était celui d’un poème de Sri Chinmoy, gourou, entre autres, de John McLaughlin et Michael Walden, et dont le texte figurait en couverture du disque.
Ce répertoire de 40 minutes ne comptait pas de longs morceaux mais treize plages souvent courtes et ne dépassant pas cinq minutes, permettant cependant d’explorer une belle diversité d’ambiances sonores. Il présentait encore un florilège de solos et riffs du guitariste. Le titre ’Eternity’s Breath’’ en disait long sur la dimension spirituelle de ce voyage auquel nous conviaient les deux parties de ce morceau ouvrant l’album. Peu à peu, la batterie savante de Michael Walden invitait les thèmes aux accents indiens embrassés par John Mc Laughlin et Jean Luc Ponty, magnifiés en arrière-plan par des chœurs. Dans ‘’Lila’s Dance’’, pièce majeure du disque, le piano acoustique faisait place à une envolée électrique de Jean Luc Ponty dont les motifs étaient ponctués par un solo de John McLaughlin fortement enraciné dans le blues. Des chants d’oiseaux ouvraient ‘’Pastoral’’ où les deux violonistes Steve Kindler & Carole Shive semblaient s’être échappés de l’orchestre symphonique accompagnant l’album précédent. ‘’Faith’’ offrait une incursion dans un registre progressif à travers la douceur des arpèges acoustiques de 12 cordes et les notes langoureuses de violon avant un prompt crescendo nous laissant toutefois sur notre faim.
Contrairement à la première époque de son groupe, John Mc Laughlin emmenait son second combo dans les territoires d’un jazz-funk également cher à Return To Forever et Weather Report, et embarqué dans un énergique groove par Michael Walden et le tout aussi étonnant bassiste Ralphe Armtrong sur ‘’Can’t Stand Your Funk’’ enrobé de cuivres, ou encore ‘’Cosmic Strut’’, un morceau composé par Michael Walden, ouvrant la face 2 du disque, et comptant dans sa seconde partie un magnifique solo de Jean Luc Ponty. Le classicisme de ‘’If I Could See’’ emmené par le chant lyrique de Gail Moran faisait place à ‘’Be Happy’’, une jam session embarquée avec célérité par Michael Walden soutenant John McLaughlin et Jean Luc Ponty dans leurs virtuoses entrelacs de violon et guitare électrique avant le calme vaporeux de ‘’Earth Ship’’ saupoudré de notes de flûte par Bob Knapp. ‘’Pegasus’’ était une improvisation de John McLaughlin en solo où l’effet atmosphérique était produit par l’utilisation d’un delay echoplex. Après un intermède éclair au violon (‘’Opus 1’’) l’album se refermait sur une pièce expérimentale mettant une fois de plus en exergue le maître des fûts, Michael Walden avant un dernier solo aérien et véloce du guitariste.
S’il est généralement moins bien coté que les deux premiers albums, ‘’Visions Of The Emerald Beyond’’ n’en fut pas moins une belle réussite emmenée par un quintette tout à fait digne de la première incarnation du Mahavishnu Orchestra. Le groupe allait encore fort décemment inaugurer l’année suivante avec la sortie dès Janvier de ‘’Inner World’’ même si le chant en lieu et place d’un instrument solo, pouvait déprécier ce registre, sauf à appréhender cette musique jazz-funk dans un esprit plutôt ‘dancefloor’ à l’instar de ‘’Planetary Citizen’’. Ce cinquième album était en outre marqué par deux changements ; aux claviers, Stu Goldberg prenait la suite de Gail Moran, et pour la première fois, la formation se priva de violon suite au non remplacement de Jean Luc Ponty qui, trois mois plus tard, avec ‘’Upon The Wings Of Music’’ (25 Mai 1975), inaugurait chez Atlantic une mémorable et brillante série d’albums de jazz-rock.
‘‘Visions Of The Emerald Beyond’’ fut remasterisé par Larry Keyes à partir de 1991 puis Columbia réédita l’album en vinyle pour l’Europe le 4 Janvier 2019.
Liste des titres :
Eternity’s Breath Part 1 (3:10) 2. Eternity’s Breath Part 2 (4:48) 3. Lila’s Dance (5:34) 4. Can’t Stand Your Funk (2:09) 5. Pastoral (3:41) 6. Faith (2:00) 7. Cosmic Strut (3:28) 8. If I Could See (1:18) 9. Be Happy (3:31) 10. Earth Ship (3:42) 11. Pegasus (1:48) 12. Opus 1 (0:15) 13. On the Way Home to Earth (4:34)
Formation du groupe
John McLaughlin : guitares 6 et 12 cordes, chant - Gayle Moran :claviers, chant - Jean-Luc Ponty : violons (électrique et baryton électrique) (10 solos) - Ralphe Armstrong : basse, contrebasse, chant - Michael Walden : batterie, percussions, clavinet, chant - Avec : Bob Knapp : flûte, trompette, bugle, chant - Russell Tubbs : saxophones alto et soprano - Steven Kindler : premier violon (5 solos) - Carol Shive : deuxième violon, chant - Phillip Hirschi : violoncelle
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