Titres
- The Runaway (7:15)
- An Inmate's Lullaby (4:40)
- Way of Life (7:52)
- Experience (7:50)
- A Reunion (2:11)
- In a Glass House (8:26)
Le 21 Septembre 1973 paraissait chez WWA Records, l’album ‘’In A Glass House’’.
Après la série de concerts faisant, comme il se doit, la promotion du remarquable ‘’Octopus’’, une œuvre à inscrire au panthéon du rock progressif, Gentle Giant traversa une mauvaise passe mettant ses membres à rude épreuve lorsque Phil, l’ainé des trois frères Shulman, auteur/compositeur et poly instrumentiste, quitta le groupe. Ne trouvant plus sa place au sein de la formation, las de ces tournées harassantes et vivant mal l’éloignement de sa famille, il se tourna vers l’enseignement, sa vocation première. D’autre part, la célèbre maison de disque Vertigo identifiable par son fameux logo en spirale, et qui avait publié les quatre remarquables premiers albums du gentil géant, dut faire face à quelques difficultés passagères, obligeant le quintette à se rapprocher pour un temps (sauf pour l’Allemagne), de World Wide Artists (WWA), un label provisoire (fermé en 1974) qui publia également en cette même année 73, le cinquième album de Black Sabbath (‘’Sabbath Bloody Sabbath’’). Pour couronner le tout, ils furent lâchés par Columbia qui refusa désormais de distribuer aux Etats Unis, leurs albums pour la sempiternelle raison du ‘’no commercial potential’’ (petit clin d’œil, en passant, au grand moustachu). Pour autant, les cinq musiciens allaient affronter l’adversité et surmonter ces obstacles en ajoutant un cinquième joyau à leur discographie.
Enregistrés en Juillet 73 aux studios Adivision de Londres, les six morceaux d’’In A Glass House’’ étaient désormais coécrits par Derek Shulman, Ray Shulman et Kerry Minnear. Le concept de ce cinquième opus reposait en quelque sorte sur ce célèbre aphorisme de ‘‘l’hôpital se moquant de la charité’’, et plus explicitement* ici, de l’antique expression ‘’ceux qui habitent une maison de verre*, ne devraient pas jeter de pierres’’. Un fois encore, avec ce cinquième opus, il n’est assurément pas aisé de décrire par des mots, la musique de Gentle Giant dans son raffinement, sa luxuriance (malgré l’absence des cuivres et de la voix de Phil) et une originalité annoncée dès le démarrage avec ce bris de verre installant audacieusement le tempo de l’emblématique premier morceau ‘’The Runaway’’. Savamment arrangée, cette pièce composite et contrapunctique associait au chant de Derek Shulman et à une rythmique complexe de John Weathers & Ray Shulman, une remarquable diversité de paysages sonores : chœurs aériens, flutes à bec, guitares 6 & 12 cordes (Gary Green) et un vaste arsenal déployé ici par Kerry Minnear (Hammond, piano électrique, clavinet, Mini Moog, glockenspiel, marimba).
Ses percussions à clavier (marimba, vibraphone, glockenspiel) dominaient ’’An Inmates Lullaby’’ dans la douceur d’une berceuse assurant un pont avec ‘’Way Of Life’’. Nous pouvions par instants percevoir quelques réminiscences de jazz canterburien sur cette troisième plage, comme sur la première. Emaillée de breaks et changements de signature temporelle, elle opposait un groove rapide à de paisibles séquences aux climats baroques (violon acoustique, orgue Thomas au son d’église, mellotron, clavinet) que nous retrouvions encore sur ‘’Experience’’ avec l’ajout de clavecin et clavicorde. Ce quatrième morceau au fort accent médiéval et renaissance des premiers opus, était peut-être ici le plus archétypal du groupe, au gré de ses variations tonales, accords peu conventionnels et singularités mélodiques et harmoniques jouant avec les dissonances, polyrythmie, décalages et contrepoints sans oublier ces inoubliables canons et chœurs polyphoniques. Les parties instrumentales mariant le Moyen-âge au rock, foisonnaient de subtiles trouvailles comme ce dialogue entre l’orgue et la basse à 4,32 minutes. Faisant suite à ‘’A Reunion’’, courte et accrocheuse ballade classicisante portée par les cordes (violon, violoncelle), le morceau-titre refermait un répertoire sans fautes ni fioritures par une autre pièce protéiforme ouvrant davantage l’espace au rock classique ou légèrement teinté d’un bluegrass rythmé aux sons du violon électrique ou d’une pedal steel guitar. A noter ici la seule présence, bien que discrète, de cuivres avec l’introduction des saxophones alto & soprano de Derek Shulman.
Nouveau postulant au statut de chef d’œuvre de GG, ‘’In A Glass House’’ fit pour la première fois l’objet de certaines colonnes dans la presse spécialisée, une réussite et une reconnaissance qui échappèrent même au groupe. En effet, comme en témoigneront plus tard Derek & Ray Shulman, plutôt insatisfaits, ils auraient volontiers remanié et corrigé un certain nombre de choses sur ce disque qui, selon leurs propres termes, fut ‘’enregistré dans la précipitation et un semi-coma dans un contexte émotionnel’’, un album de transition qu’ils eurent d’ailleurs grande peine à réécouter au moment de sa sortie. Puis, à la cadence métronomique d’un opus par an, cette formation à nulle autre pareille poursuivait son parcours d’excellence avec ‘’The Power And The Glory’’ l’année suivante, puis ‘’Free Hand’’ en 75, un autre sérieux challenger au titre de favori. Nous pouvons encore, et largement, ajouter à cette liste chronologique, ‘’Interview’’ (avril 75) et ‘’The Missing Piece’’ (avril 77) deux albums trop largement sous-estimés. Rappelons enfin la réédition 2025 (avec quelques goodies) de ‘’Playing The Fool’’, l’incontournable double Live du groupe enregistré pendant leur tournée européenne de septembre/octobre 1976.
‘’In A Glass House’’ fut réédité en 2005 (Alucard/UK) dans une version remasterisée comprenant deux bonus (‘’The Runaway/Experience’’ et ‘’In A Glass House’’ en live d’une durée de 10 minutes chacun).
Formation du groupe
Gary Green : guitares 12 cordes (1, 5, 6), steel guitar (6) et électrique, mandoline et tambourin (6), flûte à bec (3) - Kerry Minnear : piano, piano électrique, Moog (1, 3, 6), Hammond (1, 3, 4, 6), clavinet (1, 4, 6), orgue Thomas (3, 4), clavecin (4), célesta (2), glockenspiel (1, 2, 4), marimba (1, 2), vibraphone et timbales (2), violoncelle (5), flûte à bec soprano (1, 3) , chant principal (1, 3-6) et chœurs - Derek Shulman : saxophones alto et soprano (6), flûte à bec soprano (1), chant principal (1-4, 6) et chœurs - Ray Shulman : basse, violons acoustique et électrique, tambourin (4), guitare acoustique et chœurs (1, 6) - John Weathers : batterie, grosse caisse (5) cloche à vache (6)
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