Titres
- Country Grave Yard (8:18)
- The Picture of Dorian Gray (8:28)
- The Swan Is a Murderer, Part 1 (3:53)
- The Swan Is a Murderer, Part 2 (5:07)
- Oliver (9:30)
- My Little Cloud Land (7:43)
En Mai 1975 paraissait l’album de ‘’Cherry Five’’ (éponyme).
Initialement et respectivement nommé ‘’Il Ritratto Di Dorian Gray’’ (du célèbre roman d’Oscar Wilde), puis ‘’Oliver’’ et finalement ‘’Cherry Five’’, ce quintette romain fut formé en 1973, année où le batteur Carlo Bordini s’était déjà fait connaître en publiant courant Avril, un brillant opus de jazz-rock progressif en duo avec le claviériste Paolo Rustichelli (‘’Opera Prima’’). Cherry Five enregistra l’année suivante aux studios Titania de Rome, cet unique album éponyme publié par le label Cinevox Record, et dont il faut souligner une belle qualité de production. Si cette maison de disque, comme son nom l’indique, s’était spécialisée dans les musiques de films (voir Goblin évoqué plus loin), pour autant, Cherry Five s’inscrivait complètement dans le prolifique courant ‘’rock progressivo italiano’’, l’un des plus florissants de cette grande décennie en Europe.
Le claviériste Claudio Simonetti et le guitariste Massimo Morante s’étaient partagés les compositions des six plages de ce répertoire de 43 minutes au fil duquel nous retrouvions à l’évidence les influences britanniques (clairement revendiquées) de Yes (surtout) et Emerson, Lake & Palmer, dans une forme de voie parallèle mais bien distinctive de celle de leurs pairs italiens PFM, Banco & Le Orme. On ne regrettera pas ici l’option d’un chant dans la langue de Shakespeare dans la mesure où Tony Tartarini l’exprimait dans un bien bel accent. ‘’Country Grave Yard’’ offrait la plus belle introduction à un répertoire tour à tour énergique et paisible, à la fois complexe, mélodique et toujours fluide dans les interplays entre la guitare de Massimo Morante et les claviers vintage autour de solos d’orgue et Fender Rhodes aux accents jazz de Claudio Simonetti. Ils étaient portés avec brio par la rythmique du puissant Carlo Bordini, et émaillés parfois, de légers contrepoints pouvant rappeler Gentle Giant. Notes emphatiques et ‘banksiennes’ d’orgue Hammond, nappes de mellotron et arpèges de guitare acoustique ouvraient ‘’The Picture Of Dorian Gray’’ dans une suite protéiforme de thèmes et signatures temporelles, baignés dans ces riches et luxuriantes textures qui couvraient l’ensemble de l’album. Les deux parties de ‘’The Swan Is A Murderer’’ joignant les deux faces du disque, ne pouvaient qu’enchanter les fans du groupe de Jon Anderson (période ‘’The Yes Album’’ & ‘’Fragile’’). Dans la cinquième plage ‘’Oliver’’, dès les premières notes classicisantes de piano acoustique, suivies de parties ‘émersoniennes’ d’orgue Hammond et Moog, pondérées par les couches atmosphériques de mellotron, les claviers dominaient encore l’espace, et prenaient l’ascendant sur le chanteur Tony Tartarini. Refermant l’album, ‘’My Little Cloud Land’, derrière la féérie de ses textes, était une autre pièce complexe, tant au plan mélodique que rythmique, où autour du chant et de ces entrelacs de synthés et guitare électrique, on pouvait notamment apprécier les lignes de basse de Fabio Pignatelli.
Après cet album, le claviériste Claudio Simonetti accompagné du guitariste Massimo Morante et du bassiste Fabio Pignatelli, poursuivirent différemment l’aventure sous le nom (plus célèbre) de Goblin, un groupe qui s’illustra surtout à travers des bandes originales pour le cinéma d’épouvante et de suspens (le fameux ‘giallo’ italien), et en particulier, au service du réalisateur Dario Argento, l’un des maîtres transalpins du genre, une série de soundtracks inaugurés dès l’année 1975 avec ‘’Profondo Rosso’’. On se souvient notamment des thèmes de ‘’Suspiria’’ et de ‘’Tenebre’’, indissociables des images. Par ailleurs, dans le meilleur registre progressif italien, l’album studio ‘’Roller’’ publié par Goblin en 1976 avec l’ajout du second claviériste Maurizio Guarini, est particulièrement recommandable. De leur côté, le batteur Carlo Bordini (qui avait refusé le contrat de Cinevox Record) et le chanteur Tony Tartarini feront renaître Cherry Five quatre décennies plus tard, entourés d’un nouveau personnel, avec la sortie de ‘’Il Pozzo Dei Giganti’’ (Black Widow/2015), un album digne de son prédécesseur de 1975. A noter enfin que Carlo Bordini et le nouveau claviériste du groupe, Gianluca De Rossi, ont publié chez MaRaCash en Février 2022 ‘’De Rossi E Bordini’’, un album en duo tout à fait réussi une fois encore.
‘’Cherry Five’’ comme pour bon nombre de ces discrètes productions européennes, fut d’abord remasterisé au Japon en 2000 avant que Cinevox & AMS Records ne le rééditent en CD & vinyle au cours de années suivantes.
Formation du groupe
Tony Tartarini : chant - Massimo Morante : guitare, compositeur - Claudio Simonetti : claviers, compositeur - Fabio Pignatelli : basse, guitare acoustique - Carlo Bordini : batterie et percussions
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