Genesis Piano Project

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(4.8 sur 5) / Digital Album
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Rock Progressif Rock Symphonique

De nombreux tribute bands, avec souvent beaucoup de talent rejouent inlassablement les œuvres de Genesis. Steve Hackett lui-même -qui connait mieux que luicette musique ? n’a pas hésité à les reprendre en les réadaptant parfois fortement dans sa série des Genesis Revisited. Il existe une autre façon de rendre hommage à la musique des autres : la transcription pour clavier. C’est un procédé aussi vieux que la musique qui faisait par exemple Bach transcrire pour l’orgue ou le clavecin une dizaine de concertos pour violon de Vivaldi, donnant ainsi une nouvelle vie à des œuvres. Les exemples sont légion dans toute la longue histoire de la musique. Quand elle est bien écrite, la musique polyphonique se prête fort à bien des adaptations en tous genres et à des instrumentions variées.

Venons-en à notre album du jour, Genesis Piano Project. Transcrire certaines œuvres majeures de Genesis au piano, voilà une idée qu’elle est bonne ! Une idée pas nouvelle d’ailleurs puisqu’au début des années 2000, les excellents Yngve Guddal et Roger T. Matte, tous deux norvégiens et excellents pianistes, proposaient leur propre lecture des partitions genesiennes dans deux somptueux albums, Genesis For Two Grand Pianos, Vol1. & Vol.2. Il suffit d’écouter la musique de nos célèbres anglais pour se convaincre rapidement que 2 mains n’y suffiront pas et qu’il est plus prudent dès le départ d’envisager deux pianos et tant qu’à faire autant de pianistes. Pourtant plus récemment, l’excellent David Myers propose d’intéressantes interprétations au piano solo.

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Plus récemment, deux pianistes américains, l’un de Chicago : Adam Kromelow, l’autre de Buffalo, Angelo Di Loreto (*), tous deux élèves à la Manhattan School of Music, associent leurs talents respectifs pour nous livrer ce grandiose Genesis Piano Project. Il s’agit pour nos pianistes de restituer la musique de Genesis, sans la voix de Peter Gabriel ou de Phil Collins, sans la guitare de Steve Hackett, sans la ligne de basse de Mike Rutherford et sans la très subtile rythmique de Phil Collins. De fait, cela met à l’honneur l’immense Tony Banks. Il faut se rendre à l’évidence toutes les subtilités vocales et instrumentales ne pourront être traduites au(x) piano(s). L’exercice permet finalement d’écouter la musique sans l’artifice des différents timbres vocaux ou instrumentaux, en se concentrant sur le contenu mélodique et harmonique, la dynamique du piano faisant le reste. On se rend alors compte à quel point la musique de Genesis est bien écrite et dérive assez directement des structures de la musique classique.

Démonstration en est faite avec un excellent « Fountain Of Salmacis », pièce terminale de Nursery Cryme, particulièrement grandiose dans cette restitution. Idem pour la grande fresque banksienne qui lui succède « One For The Vine » dont les deux pianos se jouent magnifiquement des contrastes et ruptures du discours musical. Le déchainement central est particulièrement saisissant. On enchaine sur un « Seven Stones » moins théâtral que les deux pièces précédentes, qui donne à entendre la délicatesse mélodique de Genesis. « Stagnation », autre belle pièce très mélodique (Trespass) doit elle se passer de l’incroyable dynamique vocale de Gabriel sur ce morceau qui passe du chuchotement à la déclamation, mais la technique digitale de nos deux pianistes fait le job ! Le délicat « Entangled » était juste parfait pour une transcription au piano.

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La quintessence arrive avec « Firth Of Fifth/Supper’s Ready », deux chefs d’œuvre ici habilement juxtaposés. « Firth Of Fifth » s’imposait ne serait-ce qu’en raison de son introduction écrite justement par Banks pour le piano, et quelle écriture : un modèle de progression harmonique et d’inventivité rythmique (dont un 13/16 absolument génial), pour moi le plus beau passage de piano solo de tout le répertoire du rock progressif. Nos deux pianistes jouent à tour de rôle en se relayant sur les reprises, ce qui donne à la musique un agréable effet stéréo. D’ailleurs si vous avez quelques dispositions pour le clavier, travaillez et jouer cette superbe intro, rapide certes (pour la main droite), mais qui « tombe bien sous les doigts » comme on dit. Le chef d’œuvre de Tony Banks trouve ici une nouvelle grandeur. Alors qu’on pense qu’on va aller au bout de la version originale de la pièce, nos deux pianistes profitent d’un fortissimo pour enchainer sans crier gare sur le diabolique scherzo qu’est l’« Apocalypse in 9/8 ». Ce sommet, qui intervient en fait à la fin de « Supper’s Ready » gagne ici une percussion toute bartokienne et assez saisissante. Bluffant ! On enchaine ensuite sur les accords grandioses qui clôturent « Supper’s Ready ». La toute fin donne à entendre une petite variation sur un des thèmes de « Firth Of Fifth », puis les premières notes d’« Horizons ». On ne peut que regretter de ne pas avoir ici une version complète de « Supper’s Ready »

Après cette débauche d’énergie et ce foisonnement de musique, le court medley « For Absent Friends/Horizons » fait office de respiration avant d’attaquer une autre œuvre éternelle de Genesis : « Cinema Show ». Pas besoin d’en dire plus, il suffit d’écouter les incroyables développements de cette pièce !

Pour la petite histoire, il faut mentionner que l’album a été enregistré en 2018 à Charterhouse, là où tout a commencé pour Genesis. Finalement de la « grande » période de Genesis, seul The Lamb Lies Down n’aura pas été abordé dans cet album. J’avoue que j’ai été conquis par l’excellent travail de ces deux musiciens, sans parler de leur très belle technique pianistique. Depuis le temps, je connais par cœur les musiques de Genesis, mais rien dans l’écoute de ces somptueux arrangements n’est venu perturber l’image sonore que j’en avais. Avec ce Genesis Piano Project (**) vous avez une bonne occasion d’écouter Genesis autrement, ne vous en privez pas !

(*) Malheureusement récemment disparu.

(**) Disponible sur les principales plateformes (Spotify, Deezer, …)

Formation du groupe

Adam Kromelow et Angelo Di Loreto

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