Titres
- Tell Ol’ Bill 04:07
- I Don’t Know 03:02
- Blue Days 04:10
- You Gotta Move 03:52
- Travelin On 04:05
Des jours bleus et sombres.
Point de Rock Progressif aujourd’hui. Ni même de Rock tout court. Je vous propose de remonter quelque part au plus près des origines de la musique populaire, à savoir aux racines du Blues et de la Folk. Là où la musique se débarrasse intégralement de toutes formes d’artifices pour atteindre le stade quasi ultime du dépouillement, représenté par un songwriter-chanteur accompagné de sa guitare pour unique bagage. Ce musicien c’est Dik Banovich. Dik a grandi à Chicago dans les années 50 et 60, où il a puisé une partie de son style marqué par un attrait particulier pour la guitare acoustique jouée en fingerpicking. Puis il a traversé l’Atlantique pour rejoindre l’Ecosse, avant de s’installer depuis quelques années dans notre belle Bretagne. Il passe dorénavant une partie de son temps sur la route, comme un “Hobo”, parcourant l’Europe pour jouer soir après soir sa musique inspirée par des grands noms du Blues Américain (Big Bill Broonzy, Brownie McGhee,…) ainsi que quelques guitaristes de Folk Britannique (John Renbourn, Ralph McTell,…). “Blue Days” est un album enregistré par Dik et sa compagne Jackie dans leur maison bretonne pendant l’hiver 2024-2025. Mélange de reprises de morceaux traditionnels et de compositions personnelles, on trouve Dik Banovich au chant, à la guitare acoustique, à la guitare à résonateur (ou Dobro, guitare métallique que l’on trouve sur la pochette de “Brothers in Arms” de Dire straits par exemple), et Jackie Calley à l’enregistrement et au mixage. Peut-on faire plus authentique, plus artisanal ?
Le disque s’ouvre sur la chanson traditionnelle américaine “Tell Ol’ Bill” datant du 19ème siècle, popularisée au 20ème par Dave Van Ronk ou encore Joni Mitchell. Tempo laidback, guitare slide, guitare acoustique arpégée en accompagnement, voix chaleureuse exprimant un certain niveau de sagesse, le style est posé.
Lorsque Jackie demande à Dik le titre du morceau qu’ils s’apprêtent à enregistrer, celui-ci répond : “I Don’t Know”. Ainsi fût baptisée cette composition au tempo un peu plus enlevé, presque martelé. La guitare slide fait à nouveau des merveilles entre les phrases chantées. Le texte exprime le souhait d’échapper à la météo maussade de l’hiver breton, et fait le pont avec le climat politique actuel en proposant une escapade vers le coucher du soleil…où la situation n’est sans doute pas meilleure. C’est ici la veine Folk contestataire qui s’exprime, même si cela prend plutôt la forme d’un constat désabusé.
Le riff de “Blue Days” est un petit bijou. Il sert de canevas aux arabesques de guitare slide et au chant parlé sous forme de “Talkin’ Blues”. Une manière un peu moins conventionnelle d’aborder le Blues qui confère à ce titre une originalité et une certaine modernité tout en restant ancré dans les racines du genre. On peut même y trouver un petit côté vaudou avec ses percussions façon serpent à sonnette. La narration tourne autour des relations personnelles, la façon dont l’envie de tout plaquer peut sembler une idée attrayante, ainsi que le support constant de la guitare pour le musicien.
Deuxième reprise du disque, “You Gotta Move” est un très ancien morceau de spiritual afro-américain, enregistré par Rosetta Tharpe, Mississippi Fred McDowell, ou même The Rolling Stones (sur ‘Sticky Fingers’). Dik Banovich livre une version Slow Blues très épurée avec une seule guitare slide, dont le texte rappelle que lorsque le Seigneur vous appelle, ben…faut y aller (“You Gotta move”).
Un accord de Mi9 égrené pose l’ambiance du dernier morceau : “Travellin On”. Encore une fois, un blues observateur et désabusé qui pointe du doigt l’actuel glissement politique vers les rivages extrêmes de la droite en plusieurs endroits du globe. Sentiment exprimé dès la première phrase : “Sitting on this bench looking to my left and they’re coming at me from the right” (“Assis sur ce banc, je regarde vers la gauche, et ils arrivent vers moi par la droite”). Impuissant face à cette situation, Dik émet l’idée qu’il vaut peut-être mieux continuer à voyager (“Travellin’ on”).
On peut se demander comment les pionniers du blues s’exprimeraient s’ils vivaient à notre époque. Bien sûr, les temps ont changé, les combats ne sont plus les mêmes, mais “Blue Days” de Dik Banovich pourrait laisser entrevoir une possibilité de réponse. Authentique et sincère du début à la fin, il est l’exact antithèse de ce que tente de nous imposer l’industrie musicale actuelle, à savoir : de la musique déshumanisée, pilotée par les algorithmes des plateformes de streaming et l’Intelligence Artificielle. Fidèle à ses convictions, Dik refuse d’ailleurs de diffuser ce disque sur les grandes plateformes, à l’exception de Bandcamp, car (je cite) : “je ne peux plus soutenir les entreprises qui abusent des musiciens en nous payant des centimes tout en reversant des milliards à leurs actionnaires”. Alors il reste une solution simple : si jamais Dik Banovich donne un concert pas très loin de chez vous, allez le voir, achetez son disque de la main à la main, discutez avec lui, car, pour l’avoir croisé plusieurs fois, en plus d’être un musicien de talent appartenant à une espèce devenue rare, Dik est un personnage très humble et d’une grande gentillesse. A vous de jouer…
Formation du groupe
Dik Banovich : Guitares, Voix, Percussions
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