Carnival Of Lost Souls

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(4.7 sur 5) / Autoproduction
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Rock Progressif

Le dernier né du prolifique Cen-ProjekT ne succède en fait pas à son prédécesseur. Derrière ce contre-sens il faut en réalité comprendre qu’entre Carnival Of Lost Souls et Dawnbreak, s’est intercalé un nouvel album de Chris Engels, sobrement intitulé Engels. Avouons-le, il n’est pas toujours aisé de suivre les aventures musicales de l’ami Chris, mais je m’y emploie au mieux ! Au fil du temps et des albums, le multi-instrumentiste / compositeur allemand s’est forgé un style unique à travers un rock progressif très inventif, tour à tour lyrique ou contemplatif, aux incomparables mélodies, et aussi à l’aise pour mettre en musique les émotions humaines que des personnages tout droit sortis de l’heroic fantasy.

Sur ce nouvel album, il s’agit de décrire des personnages qui relèvent non pas de la fantasy mais de l’univers circassien, si j’en juge par la description donnée de chacun des neuf protagonistes de l’histoire. Selon Chris Engels lui-même, ‘chaque morceau donne vie à un personnage du carnaval perdu dans le temps, racontant de sombres histoires de mystère, de destin et de nostalgie. Un voyage à travers les échos du passé, peint en noir et blanc, tant musicalement que visuellement’.

Premier personnage, « Elias Blackwood », magicien illusionniste de son état, nous vaut un morceau qui débute dans les bruitages d’une musique carnavalesque lointaine, et puis passe peu à peu dans une ambiance floydienne, pour lancer pleinement la musique. Et puis guitare acoustique et vocaux nous font basculer dans l’univers genesien. Quant à la voix, claire et lumineuse, elle fait penser à YES. Après cette belle entame, c’est le marionnettiste « Victor Malveil » qui entre en scène sur un Mellotron également qui vous rappellera encore bien des choses. La suite est une chanson plus mélancolique, alternant passages puissants et passages plus retenus, dans le grand style du prog symphonique vintage. « Isabella Thorn », femme à barbe dont on imagine sans peine les tourments, nous offre une belle chanson sur fond de guitare acoustique et de chœurs qui rappellent quelque Barclay James Harvest.

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« Seraphina Moon », la diseuse de bonne aventure, démarre par des sons électroniques, avant de devenir une autre très belle chanson, très expressive bien qu’un peu sombre. Un court solo de guitare gémissante en rajoute un peu sur le côté triste du morceau. « Lilith Vale », femme contorsionniste, demeure également dans une tonalité mineure émaillée d’accents folkloriques. On découvre alors « Gregor ‘Titan’ Volkov » – on imagine assez bien l’imposant personnage. Une marche lente et lourde introduit un morceau qui décrit bien les tourments de l’étonnant personnage, victime d’un sortilège le rendant infatigable. « Dante Blaze » est un cracheur de feu appartenant semble t-il plus à l’enfer qu’à notre monde. La danse des flammes ne semble guère disperser la noirceur du personnage, ce qu’atteste une musique une nouvelle fois assez sombre.

« Evelyne Nocturne », la ballerine fantôme, enchante et effraie à la fois ses spectateurs. Côté chanson, le refrain est un modèle du genre et fait de cette ballade mélancolique le sommet poétique de l’album, à mon avis. Le dernier personnage à entrer en scène n’est autre que le maître de ce carnaval somme tout tragique et irréel, « Lucian Graves ». N’attendez ici aucune scène de liesse populaire, le destin de ce personnage comme des précédents ne s’y prête guère. A noter au premier tiers du morceau un impressionnant passage à la Carmina Burana, et plus loin une ambiance tranchante à la « The Knife ». La coda se déroule en 2 temps : d’abord le retour des chœurs tragiques, et puis un petit air populaire un peu grinçant.

Voilà, nous avons découvert à travers la musique ces neufs étranges personnages qui constituent le carnaval de Chris Engels. Le musicien parle d’un voyage en noir et blanc, mais il y a tout de même beaucoup de couleurs dans ce nouvel opus du Cen-ProjekT, et de bien belles mélodies. Simplement les sonorités évoquent nostalgie et regrets et évoluent presque constamment dans des tonalités mineures, propres à décrire de telles ambiances, telle est à la nature de cet album. On ne peut qu’admirer l’aisance déconcertante avec laquelle le Cen-projekT continue de progresser et de se renouveler au fil d’une discographie désormais riche de treize albums. A l’instar de ses personnages, Chris Engels serait-il sous l’emprise d’un sort, très bénéfique celui-là ? En tous cas vous pouvez dès à présent prendre votre ticket pour le Carnival Of Lost Souls (*), et essayez de ne pas perdre la vôtre, d’âme !

(*) https://cen-projekt.bandcamp.com/album/carnival-of-lost-souls

Formation du groupe

Chris Engels : vocaux et instruments.

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