Titres
- Arlequin ébred
- Kékből szürkébe
- Hajnalodom
- Ámító tánc
- Keserű szürke hold
- Vonzás és választás
- Vízfesték
- Holnapok
- Drift Away (From Black and White)
Fondé en 2000 en Roumanie, dans la région de la Transylvanie, Yesterdays se constitue autour d’un chef de file, Bogáti-Bokor Ákos (guitares, claviers, chant) et du claviériste Zsolt Enyedi (décédé en mai 2020). Ce noyau dur s’entoure au fil du temps et des projets de plusieurs musiciens plus ou moins éphémères et de diverses chanteuses selon les albums, dont la dernière en date, Torma Zsanett, les a rejoint pour l’enregistrement du nouvel alum intitulé Arlequin.
À l’origine,Yesterdays était un tribute band de Yes, comme l’indique sans ambiguïté, son nom en forme de clin d’oeil à un célèbre album éponyme sorti en 1975 par la légendaire formation britannique. Cependant, les Roumains d’origine hongroise (cette précision est importante) ont décidé assez rapidement de composer leur propre musique qui sans renier l’influence majeure de son modèle a évolué vers une approche de plus en plus personnelle.

Arlequin, titre de leur cinquième album peut être envisagé comme un véritable trope du rock progressif, utilisé comme figure conceptuelle portant un album entier pour Ange, (Le cimetière des arlequins) Yesterdays avec Arlequin ou Opeth avec Ghosts reveries (dans son versant démoniaque de « Hellequin »), mais aussi parfois en tant que titre de morceau évocateur chez Genesis, PFM, Weather Report et Juan Martin , ou encore comme un nom de groupe assumant autant le masque que le théâtre. Dans ce dernier cas, on pense à Harlequin Mass, Pierrot Lunaire, ou Arlekin. L’arlequin est un personnage théâtral, polymorphe et mélancolique trois aspects récurrents du prog, qui a toujours revendiqué une ambition scénique et narrative. La commedia dell’arte et son folklorea toujours offert au prog rock exactement ce qu’il cherchait : un masque ancien pour une musique moderne.
Arlequin ébred, qu’on peut traduire en français par Arlequin s’éveille, propose une belle entrée en matière avec un morceau dynamique et varié qui fait entendre immédiatement l’influence de Yes, néanmoins plusieurs éléments distinctifs se détachent également comme l’utilisation de la flute, jouée par Kecskeméti Gábor, de la présence d’une voix lead féminine presque scandée et surtout les sonorités inattendues des paroles chantées en langue hongroise. Tous les textes de l’album ont été écrits en hongrois à l’exception de la chanson de clôture du disque et ce choix possède une résonance culturelle forte car les membres du groupe sont tous issus d’une minorité hongroise qui s’est établie en Transylvanie. Ainsi, la mise en avant de cette langue revêt probablement un esprit militant. La piste suivante Kékből szürkébe (Du bleu au gris) est assez proche musicalement du morceau précédent mais permet peut-être de s’imprégner davantage de la virtuosité des parties de guitares ou de claviers. Il est intéressant de remarquer l’approche très rythmique du chant qui semble parfois placé en contrepoint de la ligne de basse. Hajnalodom (L’aube se lève en moi), calme le jeu en affichant dès l’introduction une couleur néo-classique qui flirte avec un rock néo-progressif un peu plus moderne. On peut y entendre un beau travail sur les voix chorales (qui rappelle encore une fois… Yes) et la flute qui joue de nouveau un rôle très central. Ámító tánc (Danse trompeuse) joue à fond la carte du prog symphonique avec une belle énergie et des changements de rythme fréquents. Un morceau qui sonne efficace, assez direct, presque pop !
Keserū szürke Hold (Amère lune grise) démarre par une belle introduction avec un solo de guitare slide très gilmourien, la chanson se déroule sur un mode ballade introspective avant que ne survienne un refrain assez puissant. Vonzás és választás (Attraction et choix) est une autre pièce avec un refrain très accrocheur et de belles harmonies vocales qui amènent à un long passage instrumental avec un épique solo de guitare franchement inspiré. Vient ensuite Vízfesték (Aquarelle) une courte ballade à l’esprit folk et à l’ambiance plutôt bucolique, tout en offrant une facette plus dépouillée bien que très agréable à l’écoute. La conclusion intervient avec Holnapok (Demains), la piste la plus longue du disque (11 minutes et 33 secondes) mais aussi la plus ambitieuse en associant Rock symphonique et Néo-Prog avec de longues plages instrumentales qui semble néanmoins sortir un peu de la cohérence assumée jusque-là par les Hongrois. Mais on ne va pas bouder son plaisir devant une composition riche et assez bien construite dans l’ensemble… Enfin un ultime morceau, comme un bonus, fait surface et nous donne à écouter Drift Away (From Black and White), la seule chanson en anglais de l’album et interprétée par That Joe Payne (ex-The Enid), artiste queer de la scène progressive britannique. Et effectivement, dès les premières mesures, on bascule dans un univers sucré beaucoup plus proche de Queen que de Yes. That Joe Payne montre un personnage baroque avec des capacités vocales hors-normes. Cela donne une sorte de Rock Prog à paillettes très fun et réjouissant. Un véritable happy ending, qui nous laisse un large sourire aux lèvres et le cœur en fête.
Je ne voudrais pas oublier de mentionner la dimension extrêmement poétique et subtile qui se dégage de l’ensemble des paroles de cet album, portant pleinement ce choix identitaire de s’adresser d’abord aux magyarophones.
Arlequin sort 20 ans, jour pour jour, après la publication du premier album de Yesterdays et signe de façon magistrale le chemin accompli par ce groupe profond et poétique. Affichant un ancrage culturel qu’on pourrait qualifier de militant, les Hongrois nous gratifient d’une collection de neuf chansons inscrites dans la tradition du Rock Prog symphonique issu des années 70 et en même temps nous montre une facette musicale très différente dans une collaboration avec un artiste anglais singulier, lui aussi militant, mais de la cause LGBTQ+. L’authenticité artistique de la musique ainsi que la poésie de ses textes font d’Arlequin une œuvre sensible et remuante.
À déguster sans aucune modération !
Formation du groupe
Torma Zsanett : chant principal - András Karola : choeurs - Bogáti-Bokor Ákos : guitares, basse, choeurs, claviers, percussions - Kecskeméti Gábor : flûte - Kósa Dávid : percussions, choeurs - Tóth Gábor : piano, Mellotron, orgue Hammond, orgue d'église, Minimoog, synthétiseurs - Zsigó László : batterie - Avec : Bogáti-Bokor Orsolya : violon, alto - Gnandt Vanessza : choeurs (3) - Parádi László : violoncelle - Joe Payne : chant principal (9)
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