Peter Gabriel 3 : Melt

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(5 sur 5) / Charisma
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Rock Progressif

Le 30 Mai 1980, Peter Gabriel publiait chez Charisma son troisième album solo.

Encore dépourvu de titre, et de la même manière que le second avait été surnommé ‘’Scratch’’, l’usage le baptisa ‘’Melt’’ à cause, une fois de plus, de l’illustration de sa pochette montrant cette fois, un visage partiellement fondu, un résultat obtenu à partir d’une technique d’écrasement d’un Polaroïd. Musicalement, si les deux précédents albums (et en particulier le premier), gardaient encore quelques réminiscences du passé progressiste de l’ancien ‘frontman’ et lyriciste de Genesis, ce troisième album marquait définitivement une rupture avec l’histoire. Il s’inscrivait d’abord dans une décennie marquée par la ‘new wave’, le post punk et l’electropop, ayant fait appel ici, à Steve Lillywhite, producteur, entre autres de ‘’Drums And Wires’’ & ‘’Black Sea’’ d’XTC puis des premiers albums de U2 (‘’Boy’’, ‘’October’’ & ‘’War’)’ mais aussi Ultravox, Souxie & The Banshees, Psychedelic Furs, etc…. La pléiade de musiciens invités ici comptait d’ailleurs, parmi celles de l’’ancien monde’’ (Robert Fripp, Phil Collins) quelques figures emblématiques de ce nouveau courant dont les deux guitaristes Dave Gregory (XTC), Paul Weller (The Jam) et Kate Bush.

En parallèle, Peter Gabriel s’intéressait de plus en plus aux musiques du monde venues notamment d’Afrique. De ces influences qui prendront une importance croissante dans sa discographie, le dernier morceau, un hommage à Steve ‘’Biko’, militant sud-africain dans la lutte contre l’Apartheid, faisait remarquablement la transition avec le 4ème album (Septembre 1982) qui en sera probablement la quintessence. Ici la rythmique prenait le pas sur les aspects mélodiques, Peter Gabriel renouant avec sa passion précoce pour la batterie (son premier instrument). Pour une programmation en boucle qu’il monta précisément pour ‘’Biko’’, il utilisait une boite à rythmes PAIA que lui avait proposé Larry Fast lors de l’album précédent. Ce schéma inversé dans lequel il composait au fil de l’eau, et à partir d’une seule base rythmique, troublait ses musiciens, comme l’exprima Jerry Marotta dans une interview ‘’Je ne me souviens pas avoir vu Peter venir avec une seule chanson finalisée, il préférait laisser le sujet ouvert et voir où tout cela mènera …/…’’. A côté de ces morceaux fortement appuyés par les batteries de Collins ou Marotta (‘’Intruder’’ et ses effets de réverbération, ou encore ‘’I Don’t Remember’’ appuyé par Tony Levin), le répertoire présentait néanmoins une belle variété de paysages sonores. Le guitariste Dave Gregory apportait la fraîcheur des sonorités années 80 sur ‘’I Don’t Remember’’ et ‘’Family Snapshot’’. 

Peter Gabriel avait également invité sur trois titres le saxophoniste de smooth jazz Dick Morrissey qui deviendra célèbre deux ans plus tard avec le précieux ‘’Love Theme’’ de la B.O de ‘’Blade Runner’’ par Vangelis. Nous rechangions encore d’univers avec ‘’No Self Control’’ toujours porté par une puissante rythmique, mais dont les boucles de marimba de Morris Pert s’inspiraient directement de la Section 1 de ‘’Music For 18 Musicians’’ de Steve Reich. Soulignons enfin, au même plan que la musique, l’importance des textes parfois teintés de pessimisme voire de noirceur , ou porté par un fort engagement dans ‘’Biko’’ cité précédemment ou encore ‘’Games Without Frontiers’’, autre pièce majeure et première collaboration de Peter Gabriel avec Kate Bush, où le musicien dénonçait, et même raillait ces ‘’Jeux Sans Frontières’’ français (‘’It’s A Knockout’’ dans la version télévisée anglaise) utilisés de manière grotesque, tournant en ridicule les participants, et nés (semble-t-il) d’une idée du Général De Gaulle pendant la période d’après-guerre pour apaiser et sceller les relations internationales.

Cet album fut remastérisé en 2002 et distribué par Virgin, et bien entendu par ‘’Real World’’.

Liste des titres :

1. Intruder (4:53)
2. No Self Control (3:56)
3. Start (1:21)
4. I Don’t Remember (4:42)
5. Family Snapshot (4:29)
6. And Through the Wire (4:58)
7. Games Without Frontiers (4:07)
8. Not One of Us (5:21)
9. Lead a Normal Life (4:15)
10. Biko (7:27)

Formation du groupe

Peter Gabriel : chant principal et chœurs, piano, synthétiseur (3, 4, 7, 8), synthétiseur basse et sifflets (7), programmation de batterie (10) - Avec : Kate Bush : chœurs (2, 7) - David Rhodes : guitare, chœurs - Robert Fripp : guitare (2, 4, 8) - Dave Gregory : guitare (4, 5) - Paul Weller : guitare (6) - Larry Fast : synthétiseur, synthétiseur basse (7), cornemuse synthétisée (10), programmation - Dick Morrissey : saxophone (2, 3, 5, 9) - John Giblin / basse - Tony Levin : Chapman Stick (4) - Jerry Marotta : batterie, percussions (7, 8) - Phil Collins : batterie (1, 2), programmation de batterie (1), percussions (5, 10) - Morris Pert : percussions (1, 2, 9) - Steve Lillywhite : sifflets (7), producteur - Hugh Padgham : sifflets (7), ingénieur du son - Peter Vogel : échantillonneur Fairlight CMI - David Ferguson : chant - cris (10)

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