Cela faisait un moment que nous n’avions plus de nouvelles discographiques d’Haken. Trois années exactement, depuis l’album Fauna. Il faut dire que le vent a soufflé fort sur la planète Haken ces derniers temps. Plus tôt cette année, le groupe a annoncé le départ du guitariste historique Charlie Griffiths et du bassiste Conner Green, laissant Ross Jennings (chant), Richard Henshall (guitare), Raymond Hearne (batterie) et Pete Jones (claviers) reconstruire l’édifice à quatre. Pour ce premier chantier, prenant la forme d’un EP cinq titres intitulé in a fever dream, la basse est confiée à des renforts extérieurs de prestige : Bryan Beller (The Aristocrats) et Adam ‘Nolly’ Getgood (Periphery). Pour rappel, Haken s’est imposé comme l’une des références du renouveau du Metal Progressif des années 2010, porté par une forte identité. Avec un changement de line up aussi massif, une nouvelle direction s’imposait, presque par nécessité.
Ainsi le groupe adopte ici une approche plus directe, un son plus agressif, délaissant quelque peu les aspects les plus progressifs de son style. Le souci, c’est que cette nouvelle direction ressemble furieusement à… tout ce que le Metal Progressif produit depuis quelques années, discipline dont Haken est pourtant l’un des pères fondateurs modernes. Textures électroniques, refrains calibrés, alternance chant clair / growls sans grande surprise : on dirait presque un hommage involontaire à leurs propres disciples plutôt qu’un disque original du groupe. Bon, j’exagère un petit peu car on trouve tout de même sur cet EP quelques éléments remarquables. “eclipsed by You” sort vraiment du lot à mes oreilles, retrouvant un peu d’originalité grace une belle mise en valeur du chant de Ross Jennings et un penchant Electro un peu à la Steven Wilson qui réveille les neurones. Un titre qui ose vraiment quelque chose. On retiendra également le refrain de “delirium”, efficace et immédiat, ainsi que ses parties de batterie en feu d’artifice, particulièrement sur l’outro, pour l’un des rares moments où l’identité rythmique historique du groupe transparaît franchement.
Techniquement irréprochable comme toujours, in a fever dream souffre avant tout d’un manque d’audace et constitue une relative déception. Il est cependant bien trop tôt pour juger d’une éventuelle inflexion de l’inspiration du groupe liée aux récents changements de personnel, et l’on veut croire qu’Haken a conservé intacte sa capacité à nous surprendre sur les prochains disques.