Les Fantômes De Noisot

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(5 sur 5) / Musea records
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Rock Progressif

20 mois après la longue et ambitieuse suite instrumentale en deux parties ‘’Neige En Décembre’’ (chroniquée par Pierre l’an dernier dans nos pages), Magnesis et son charismatique leader Eric Tillerot, auteur, compositeur et poly instrumentiste, revient en ce mois de Décembre 2024 avec un surprenant nouvel opus.

Dans son indéfectible attachement à la Bourgogne, berceau du groupe et de son leader, cette œuvre conceptuelle mêlant fiction et réalité, rend hommage à une figure historique de la région dijonnaise, Claude Noisot (1787-1861). Ce capitaine de la vieille garde impériale napoléonienne, fidèle officier de toutes les campagnes, mais également esthète et entrepreneur émérite, érigea dans un cadre enchanteur de la commune de Fixin (Côte d’Or) près du domaine viticole (et de son célèbre grand cru), un musée & sanctuaire dédié à son personnage et à celui de l’Empereur, un lieu toujours hanté, dit-on, par Napoléon et les grognards de sa grande armée (‘’Les Fantômes De Noisot’’). Réquisitoire contre l’aberration des guerres et leurs conséquences, ce quatorzième album studio renoue avec le rock narratif et théâtral, signature du groupe dans la plus pure tradition du rock progressiste hexagonal. Il laisse pour autant, de très larges espaces aux interplays et aux longues séquences instrumentales majoritairement dominées par les claviers d’Éric Tillerot autour d’un arsenal comprenant mellotron, synthétiseurs Kurzweil PC3LE6, Korg T3 et Wavestate.

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Éric Tillerot

Les deux minutes d’une ouverture aux textures sombres enveloppant la célèbre marche et les tambours des ‘’British Grenadiers’’, font place aux ‘’Batailles Perdues’’, première plage conséquente du répertoire où piano, mellotron et synthé accompagnent cette narration en forme de correspondance sur le bilan funeste de la campagne de Russie ; un solo de guitare électrique ponctue cette première séquence planante tandis que la rythmique de Denis Codfert produit l’effet d’un régiment se mettant en mouvement. ‘’Les Guerres sont absurdes. Tout territoire conquis sera repris. Héros d’un jour, quelle image laisseront nous dans l’histoire ?’’ (Eric Tillerot). Nappes de claviers électroniques, notes atmosphériques de six-cordes, synthétiseurs polyphoniques et un bouleversant final au mellotron accompagnent le ‘’Retour En Bourgogne’’ dans un contexte où s’élève déjà le vent menaçant de l’anti bonapartisme , puis l’amertume du morceau-titre fait place à l’affliction profonde de son personnage sur le crépusculaire « Célina’’ où la dimension tragique liée à la perte brutale de femme et enfant emportés conjointement par la tuberculose, est sublimée par une combinaison entre arpèges de guitare acoustique et nappes de mellotron.

Le répertoire se referme sur les 19 minutes instrumentales de la suite quadripartite ‘’Domaine De Noisot’’, évocation de ce lieu imprégné d’histoire. Un tapissage onirique de claviers pimenté du carillon de cloches tubulaires orne les ‘’Cent Marches’’ de cet escalier taillé à même la roche ; puis un tempo lent accompagnant les polyphonies synthétiques traduit les illusions perdues d’une utopique campagne Egyptienne. Au milieu de cette sixième et dernière plage, les paysages sonores prennent certaines couleurs New Age renvoyant à Vangelis ou David Arkenstone, et les textures se font mélancoliques pour dépeindre ‘’Le Réveil De Napoléon’’, du nom de la statue de l’empereur par François Rude, un sculpteur dijonnais, ami de Claude Noisot, avant un majestueux final reprenant en rappel des thèmes exposés précédemment.

Voilà incontestablement, et in extremis, l’une des sorties majeures de l’année 2024, pour un album qui va enrichir, et de fort belle manière, le patrimoine du rock progressif français.

Formation du groupe

Eric Tillerot : chant, guitares acoustique et rythmique, claviers, mellotron, basse - Denis Codfert : batterie, percussions - Jean Pierre Matelot : chorus de claviers - Fabrice Foutoillet ; chorus de guitares électriques - Clovis Tillerot-Buffet : batterie sur ‘’Celina’

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Commentaires

  1. Ça fait plaisir de voir un passionné parler aussi bien d’un groupe français, on se croirait à gravir les 112 marches de Noisot!

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