Légendes de nos Campagnes

Par

(4.4 sur 5) / Musea
Categories
Rock Progressif

Loin des brumes du Gévaudan, Magnesis revient sur ses terres bourguignonnes pour en explorer quelques contes et légendes. Ce nouvel album est bien évidemment le prétexte à une musique qui fleure bon le terroir et l’héritage folklorique, bref un voyage hors du temps !

Et bien non, vous n’entendrez pas tout de suite pas la voix chaleureuse d’Eric Tillerot, puisqu’« Une Visite à la Campagne » vous fera patienter le temps d’un long instrumental en trois parties destiné à vous mettre dans l’ambiance. Après un Départ franchement guilleret (la fleur au fusil comme on dit), le bruit caractéristique des roues du train sur le ballast (petite concession à la modernité) vous amène brutalement dans une lumière étrange et mélancolique. Un thème répétitif un rien hypnotique vous berce Le Temps d’un Voyage, et vous voici arrivé en Pays d’Auxois que vous découvrez dans la somptuosité de l’orgue et du Mellotron, sur un rythme de marche franche et décidée.

On quitte le style épique de la conclusion de la première piste pour écouter la voix toute en retenue d’Eric Tillerot. « Dans la Chaleur du Foyer » se déroule dans une ambiance nocturne certes rassurante, cependant que l’ostinato du thème y amène une pointe d’inquiétude. La fin, instrumentale, rappellera quelques sonorités génésiennes, et un solo de guitare acéré vient ajouter à la mélancolie de l’ensemble.

Point de mélancolie dans « La jeune Fille et le Diable », mais une danse folklorique jubilatoire (endiablée ?) avec des paroles excellentes dans le genre ! Et puis brutalement, on quitte le folklore pour un passage néo-prog avec un thème au synthé, version ample du thème bondissant de la danse introductive.

image

« Dis-moi », c’est un chant simple accompagné à la guitare acoustique, en mode mineur. Le refrain, qui passe en mode majeur, est d’une grande poésie. Comment ne pas penser à Emile Jacotey en écoutant cette évocation d’un grand-père ancien combattant ?

« A l’est rien de nouveau » est un morne chant accompagné au synthé sur bruit de canonnades, qui sert sans doute d’intro au martial « Camille », qui lui se déroule presque intégralement sur une note de basse tenue, immuable – l’interminable Sibérie ?

« La Vieille », dans une atmosphère proche de « Dis-moi », est un autre moment très poétique de l’album. Les intermèdes instrumentaux au piano qui jouent habilement du crescendo / decrescendo donnent une dimension un peu plus dramatique. Malgré la tristesse du propos il y a une certaine sérénité dans ce morceau. A l’écoute de ce titre je me suis souvenu d’un certain « La Vielle Femme et la Chandelle » du regretté « Hécénia »

Imaginez-vous assis en cercle autour du conteur qui, dos à la cheminée, va vous raconter des historiettes, sans lien les unes avec les autres, allant des aventures du Crassou, au pouvoir mystérieux de la Lune d’Argent, en passant par les lavandières fantômes du Morvan … Ne cherchez pas d’unité formelle à cette longue suite qui clôt l’album, mais un assemblage de passages tantôt folkloriques, acoustiques, heavy prog, et bien d’autres encore, qui animent ces improbables histoires qui s’enchainent tout au long de cette soirée dédiée aux « Légendes au coin de feu ». L’épilogue au piano solo termine l’album dans une atmosphère cette fois-ci totalement apaisée.

Moins théâtral qu’à son habitude, Eric Tillerot nous livre ici une musique plus intimiste, presqu’apaisée, avec quand même quelques soubresauts hauts en couleur. Et en ce qui me concerne, ça fonctionne très bien ! Une fois de plus, ce prog français collé au terroir, dans la longue tradition d’Ange et que perpétue évidemment Magnesis, mais aussi Minimum Vital et sans doute d’autres, chacun avec ses spécificités, reste d’une grande originalité et d’une coloration musicale tout à fait particulière.

Voilà pour ce 12eme album studio de Magnesis, qui restera un de mes préférés ! Qui sait où et quand nous conduira le suivant ?

Formation du groupe

Eric Tilrot : chant, claviers, Mellotron, programmation guitares, basse, batterie (tous les instruments sur les pistes 1,4,6,7) - Fabrice Foutoillet : guitares, chœurs - Denis Codfert : batterie & percussions - Ivan Jacquin : claviers, piano (8-e) Avec: Magali Buffet : narration (8) - Jean-Pierre Matelot : chœurs & claviers (3)

🌍 Visiter le site de Magnesis →

Partager cette critique

👇 Recommandé pour vous

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *