The Zealot Gene

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(4 sur 5) / Inside Out Music
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Rock Progressif

L’attente fut interminable, 18 très longues années après sa dernière production ‘Christmas Album’, mais enfin, il est là, le dernier Jethro Tull. Il a pour nom « The Zealot Gene », il met en avant sur sa couverture son leader et compositeur de toujours, le génial et charismatique Ian Anderson, pochette sombre et photo de notre homme en buste, visage grave et buriné sur un fond contrasté. Les musiciens sont nouveaux, exit, notamment, l’excellent guitariste Martin Barre figure historique du Tull depuis leur deuxième opus ‘Stand Up’ (1969). Cet album qui a commencé à prendre forme dès 2017 aborde au cœur des paroles les mythes et les thèmes d’histoires bibliques.

Autant le dire tout de suite, ne vous attendez pas à un opus qui se rapprocherait des mythiques œuvres du Tull que sont ‘Thick as a Brick’ (1972) ou ‘A Passion Play’ (1973). Ici Pas de longues plages épiques, mais douze titres qui s’échelonnent entre trois minutes et pour les deux plus longs un peu plus de cinq minutes. Dans la forme « The Zealot Gene » se rapproche d’albums comme ‘Songs from the Wood’ (1977), ‘Heavy Horses’ (1978) ou l’excellent ‘Crest of a Knave’ (1987). Une fois avalée la première écoute, force est de reconnaitre que Ian n’a pas perdu son sens de la mélodie qui percute. Toujours bien présente la flute du Sieur baladin illumine comme à son habitude la moindre ligne mélodique, il y a un nombre assez élevé de ballades et de pistes à tempo bas sur l’album, mais heureusement il y a encore assez de parties puissantes dans ces compositions pour permettre à l’album de garder un bel équilibre.

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L’on navigue avec la première plage, la plus longue de l’opus (5:54), « Mrs Tibbets » en terrain connu et dès le début Ian introduit le thème principal sous forme d’une ligne musicale à la flute, il n’y a aucun doute, on est bien en présence du Tull. Ce thème réapparaîtra sous plusieurs formes tout au long de cette mélodie entrainante, au détour d’un riff de guitare, avec les claviers en opposition au chant, enfin, un double solo guitare et flute du meilleur tonneau vient à mi-parcours parachever l’ensemble, véritablement et définitivement un prog rock qui se pare de tous ses atouts. Une approche folk pour le paisible « Jacob’s Tales » et en toute simplicité un beau numéro où le chant de Ian est soutenu par une guitare, un harmonica et quelques percussions. Une intro au piano pour « Mine Is The Mountain » qui remémorera aux plus anciens celle du ‘Locomotive Breath’ d’Aqualung, mais qui s’éloigne ensuite du tube légendaire pour nous embarquer dans une mélodie variée où Ian Anderson apporte une contribution poétique plus que crédible et y ajoute, notamment, un chant en contre-ut vraiment surprenant. L’éponyme ‘The Zealot Gene’ démarre sur les chapeaux de roues, la dynamique de cette chanson et la partie instrumentale centrale où flute et guitare se donnent le change montre un groupe au mieux de sa forme.

Il nous sert ensuite ce qui pourrait s’apparenter à un grand classique produit habituellement par le Tull , « Shoshana Sleeping » un titre bien conçu sur un rythme mid-tempo syncopé, qui monte progressivement en puissance, mais le développement attendu pour faire exploser la mélodie n’arrive pas et je reste sur ma faim. L’accordéon de John O’Hara appose une profonde couleur folk/celtique à « Sad City Sisters », une mélodie douce et acoustique agréable à l’oreille. Plus consistant « Barren Beth, Wild Desert John » prend un certain temps à décoller, mais à mi-course le solo de guitare parvient à faire s’envoler la mélodie lui redonnant une certaine vigueur et relançant l’aspect attractif de celle–ci. Dans « The Betrayal Of Joshua Kynde » je retrouve ce qui m’a toujours plu dans ce groupe atypique, les accouplements de lignes instrumentales mélangeant des tempos différents prenants une tournure inattendue, la mélodie n’est peut-être pas la plus forte ou la meilleure de l’album, mais de bonnes atmosphères et contrastes se dégagent de celle-ci.

Arrivé aux deux tiers de l’album, je me dis que nos amis de Jethro Tull ont tout de même mis de l’eau dans leur vin, je savais que les grandes fresques prog qu’ils affectionnaient dans les années 70 seraient absentes, en regard de la longueur des pistes de l’album, mais j’espérais un peu plus de punch, plus de prog et moins de folk ! Les quatre titres finaux auraient pu être plus audacieux et relever le niveau progressif de l’opus, mais non, trois ballades acoustiques, agréables et inspirées se suivent, « Where Did Saturday Go? », « Three Loves, Three » et « In Brief Visitation ». Seul la dernière plage « The Fisherman Of Ephesus » franchit le pas et procure de bonnes sensations prog.

J’avoue être quelque peu déçu, je m’attendais à un album plus ambitieux, mais Ian Anderson en a décidé autrement. Ce ‘The Zealot Gene’, qui semble bien timoré, affiche malgré tout d’énormes qualités et présente l’avantage d’avoir un abord immédiat. Le Tull restant le Tull, les compositions sont d’un bon niveau et passent les écoutes successives avec brio. Souhaitons ne pas attendre aussi longtemps pour avoir à nouveau de ses nouvelles !

Formation du groupe

Ian Anderson ; Flûte, guitare acoustique, harmonica, chant - Joe Parrish-James : Guitare - Florian Opahle : Guitare - Scott Hammond : Batterie - John O'Hara : Piano, claviers et accordéon - David Goodier : Guitare basse

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