The Uncertainty Principle
Par Hats Off Gentlemen It's Adequate
Titres
- Certainty (7:02)
- Everything Changed (4:09)
- The Ultraviolet Catastrophe (2:56)
- Copenhagen (5:16)
- Cause and Effect (But Not Necessarily in that Order) (5:59)
- The Uncertainty Principle (8:44)
- Inside the Atom (6:54)
- The Think Tank (3:58)
- One Word that Means The World (Arkhipov) (4:22)
- Between Two Worlds (4:17)
- Living with Uncertainty (3:33)
Ah, le fameux Principe d’Incertitude d’Heisenberg (*), d’ailleurs bien mal nommé puisqu’il est en fait (1) parfaitement démontré et (2) devrait plutôt se référer à l’indétermination. Mais c’est sous cette dénomination qu’il est parvenu jusqu’à nous. Pierre angulaire, avec l’équation de Schrödinger, de la non moins fameuse mécanique quantique. Théorie fascinante s’il en est : largement contre-intuitive, d’une précision inégalée dans sa prédiction du comportement des particules élémentaires, et pourtant incomplète car elle n’intègre pas les principes de la relativité restreinte et encore moins ceux de la générale. La mécanique quantique (ainsi que les théories de la relativité) a considérablement bouleversé notre compréhension du monde à un moment où le physicien William Thomson, plus connu sous le nom de Lord Kelvin, clamait en 1900 la mort prochaine et inéluctable de la physique, car tout semblait alors clair et expliqué …
Cela dit, revenons à nous moutons (musicaux) et occupons nous du dernier-né du duo Malcolm Galloway / Mark Gatland qui, sous le titre The Undertainty Principle explore musicalement cette notion d’incertitude, par opposition à la confortable mais souvent trompeuse certitude. Au fil des titres, on se plonge dans la passionnante histoire des quantas, la poésie musicale nous permettant d’échapper à la rudesse des descriptions mathématiques ! Comme son prédécesseur, The Light of Ancient Mistakes, ce 8ème album de Hats Off Gentlemen It’s Adequate mélange pièces chantées et morceaux instrumentaux. Par contre il s’agit ici d’un bel exemple d’album-concept.
Avant de plonger dans le monde de l’étrange, débutons par les certitudes ! « Certainty » offre une première moitié sur un rythme lancinant, ponctué de coups de basse entre tonique et quinte et un synthé en accords rapides tandis que le chant demeure en arrière plan. Un crescendo nous amène alors sur un passage sonnant le Marillion première période. Avec « Everything Changed », on change de monde avec une première évocation explicite du Principe d’Incertitude. Riffs puissants, rythme syncopé, phrasé vocal incisif donnent du corps à ce morceau au côté implacable. Tout aussi épidermique, la musique de « The Ultraviolet Catastrophe » nous laisse dans cet univers musical hard rock. Certains physiciens aiment décidemment la grandiloquence pour désigner des notions ou des situations qui sont au final plutôt banales. Il se trouve tout simplement qu’avant la théorie des quantas nous étions incapables de prédire le rayonnement d’un corps chaud (dit rayonnement du corps noir), en particulier dans les longueurs d’onde plus courtes que celles de la lumière visible (le rayonnement ultraviolet). Aucune catastrophe là-dedans, du moins pour le commun des mortels ! Mais revenons à notre sujet pour constater que l’évocation musicale sous forme d’un instrumental est fidèle au titre ! De plus je trouve que le piano hyper véloce dans l’aigu qui apparait à la fin symbolise parfaitement ce rayonnement ultraviolet.
La rencontre entre Niels Bohr et Werner Heisenberg au début des années 40 nous vaut un « Copenhagen » qui nous ramène aux sonorités mélancoliques du début d’album, avec un très beau contraste entre une basse grave et des synthés virevoltants, le chant prenant le registre médian.
« Cause and Effect (But Not Necessarily in That Order) » est un instrumental assez étrange. Lancée par deux accords de piano, la basse pose avec insistance les fondations du morceau, quand elle ne s’emballe pas dans une course ultra rapide et désordonnée, en duo avec la batterie. Tout en contraste, un piano mélodieux survole un instant la musique, avant une coda ou piano, batterie et basses se rejoignent dans leur danse endiablée.
Le morceau-titre, « The Uncertainty Principle » expose avec gravité la question de savoir (pour les américains) s’il faut ou non tuer Heisenberg, alors qu’il dirige le programme nucléaire civil allemand. Ce sanglant principe de précaution ne sera finalement pas appliqué. Ce morceau, le plus développé de l’album, donne une large place à la voix très reconnaissable de Malcolm Galloway. Plutôt nerveuse dans son développement, la musique se termine sur de longues harmonies lointaines et évanescentes. « Inside The Atom » évoque le ballet incessant et en apparence désordonné des électrons autour du noyau atomique par un instrumental hypnotique relevant largement de la musique minimaliste / répétitive.
« The Think Tank » laisse une nouvelle fois une basse nerveuse mener les débats pour répondre à cette simple question : comment maximiser les dégâts et minimiser les pertes ? Vaste programme … La musique se noircit un peu plus sur « One Word That Means The World (Arkhipov) ». J’avoue que je ne connaissais pas l’histoire de Vassili Arkhipov qui, lors de la crise des missiles de Cuba, refusa l’utilisation d’une torpille à tête nucléaire contre un navire américain, évitant au monde le pire. Côté son et ambiance on n’est pas loin du Paranoid de Black Sabbath. « Between Two Worlds » cache sa noirceur sous un calme duo piano / voix. Pour boucler le récit, les deux musiciens nous offrent avec « Living With Uncertainty » un morceau magnifique et plutôt optimiste, qui nous libère de la tension accumulée. La voix calme évolue avec assurance entre une basse groovy et une guitare très chantante, vous y ajoutez quelques chœurs, et vous voilà parés pour évoluer avec sérénité dans le monde incertain qui nous entoure.
Et bien je me demande si nous ne tenons pas avec The Uncertainty Principle (**) rien de moins que le meilleur album à ce jour d’Hats Off Gentlemen It’s Adequate. Malcom Galloway et Mark Gatland nous livrent ici un récit musical de haut niveau autour de cette étonnante construction intellectuelle qu’est la mécanique quantique, émaillé de la présence de quelques héros de l’ombre. Sages paroles qui closent l’album en nous rappelant qu’il nous faut apprendre à vivre dans un monde régit par l’incertitude, et par là même à accepter d’avoir tort à l’occasion ! Au-delà de ces nobles paroles, il reste à découvrir un album de rock progressif moderne, intelligemment construit et réalisé, saupoudré de heavy prog et d’ambient avec ses sons électroniques. Bref, un très bel album, et ça c’est une certitude !
(*) Pour ceux qui souhaiteraient comprendre ce qui se cache derrière cette chose mystérieuse et un tantinet inquiétante, je suggère de consulter la vidéo suivante qui explique très simplement le pourquoi du comment : https://www.youtube.com/watch?v=go32PCoa10s
(**) https://hatsoffgentlemen.bandcamp.com/album/the-uncertainty-principle
Formation du groupe
Malcolm Galloway : paroles, guitare solo, synthés, mastering - Mark Gatland : guitare basse, ingénieur vocal, guitares et synthés, coproducteur - Avec : Kathryn Thomas : flûte (6) - Ethan Galloway : chant (11)
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