A-Z

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(5 sur 5) / Metal Blade Records
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Métal Progressif

Nous aurons été nombreux à ressentir une brutale et sourde accélération des pulsations du cœur à l’annonce du premier opus d’un groupe réunissant en son sein ni plus ni moins que Mark Zonder et Ray Alder (d’où le nom du groupe A-Z, « de Alder à Zonder »), deux grands artistes dont le destin est indéfectiblement lié à l’incontournable groupe de prog metal Fates Warning. Tous deux avaient rejoint le line-up dans la seconde partie des années 80. Ray Alder, toujours actuellement en poste, est le chanteur qui a accompagné l’évolution du groupe vers des territoires plus prog-metal. Quant au batteur Mark Zonder, qui a quitté le combo en 2005, c’est bien la singularité de sa frappe et son inventivité qui ont largement contribué à établir le son comme le style de Fates Warning. On se souviendra que Mark Zonder est d’ailleurs, tout comme son idole Aynsley Dunbar (Journey, Mothers of Invention, John Mayall, Whitesnake etc…) l’un des rares batteurs de hard rock à jouer en ‘traditional grip’ (prise en tambour), une approche très courante au sein des jazzmen, permettant de jouer plus en nuances et qui témoigne à la fois de bases solides et d’une pratique assidue. Petite digression, depuis le départ de Mark et l’arrivée de Bobby Jarzombek (frère du redoutable guitariste Jason Jarzombek, plus particulièrement connu pour son apport indéniable au second LP du mythique ‘Watchtower’) le groupe a certes gagné en puissance mais quelque peu perdu en subtilité. La parenthèse étant refermée, passons à la question que chacun est dès lors en droit de se poser à l’annonce de cet album de A-Z: cette réunion, à l’initiative de Mark Zonder, de deux figures emblématiques de Fates Warning signifie-t-elle la volonté de ressusciter la période faste du groupe (1989-1997), une question d’autant plus pertinente que son fondateur Jim Matheos a annoncé à demi-mots que ‘Long Day Good Night’ (paru en 2020) pourrait être l’ultime album du groupe.

Si « Trial by Fire », le morceau qui ouvre l’album, merveille de heavy mélodique portée par un refrain hors normes, se permet de malicieusement semer le doute tant il semble évoquer les périodes ‘Parallels’ (1991) et ‘Inside Out’ (1994), le reste de l’album indique quant à lui que A-Z n’a aucunement l’intention de marcher sur les pas de la légende du prog metal et a, à contrario, la ferme intention de trouver sa propre voie. Et si similitudes ou références il y a, elles tiennent tout simplement au fait que la frappe comme le chant des deux artistes ne peuvent qu’inévitablement rappeler, pour partie, la texture du son de Fates Warning. Et à ce titre, il faudra voir «So where do you begin… », la phrase d’ouverture de « Sometimes », tout au plus comme un clin d’œil à l’époque ‘Pleasant Shade of Grey’. D’ailleurs le brief de Mark Zonder pour A-Z a été extrêmement clair : écrire des morceaux très calibrés, d’un format court (entre 4 et 5 minutes en moyenne), accessibles et impérativement mélodiques, privilégiant des refrains travaillés immédiatement mémorisables (des ‘singles potentiels’, ça y est le mot est lâché !) sans pour autant faire de concessions techniquement ou aseptiser la musique. Une approche qui rappelle, ‘en son temps’, celle d’Asia et qui avait consisté à ‘couper dans le gras’ (selon les mots de John Wetton) pour ne garder que l’essentiel, tout en restant fidèle à l’esprit de la musique. Et force est de constater à l’écoute de ce premier album que le pari est absolument réussi, chacune des onze compositions étant un joyau dont chaque nouvelle écoute révèle encore plus l’éclat.

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L’album multiplie les compositions flamboyantes au tempo enlevé à l’image du titre d’ouverture précité. Parmi celles-ci également, « Run Away », sur le refrain de laquelle Alder excelle, le très rock « Window Panes » ou encore « Borrowed Time », peut-être le titre le plus heavy de l’album. Et que l’on ne s’y trompe pas, derrière l’apparente simplicité des morceaux, la musique est en réalité très travaillée. Et plus encore, empreinte d’une grande sensibilité mise en exergue notamment sur les compositions plus lentes, comme sur le classieux « Rise again » et ses très belles lignes mélodiques, ou sur « Stranded », très atmosphérique avec ce final heavy en contrepoint (le titre préféré de Ray Alder, ce qui se ressent à son chant) ou encore sur le mélodique et mélancolique « At the Waters Edge ». Enfin, comment ne pas mentionner cette autre réussite absolue, « The Far Side of the Horizon », qui démontre de manière ultime en l’espace de 6 minutes (le morceau le plus long du lot) tout l’extraordinaire potentiel du groupe. Un surprenant et furieux riff d’ouverture qui laisse place à un feeling très 80’s, avec ces claviers aux sonorités très jazz rock (et que dire de ce lumineux solo de claviers) magnifié par la voix de Alder et par de superbes motifs de batterie. Peut-être l’incartade la plus prog de cet album. Mais plus que tout, un morceau fondamentalement emblématique du talent incroyable des musiciens comme de l’extrême cohésion au sein du groupe.

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Il faut dire que Mark Zonder a su s’entourer de musiciens remarquables qui, sans jamais se laisser aller à de quelconques démonstrations, sont parvenus à donner à la musique de A-Z une assise impressionnante. Le batteur a tout d’abord fait appel à son ami de longue date, l’exceptionnel bassiste Philip Bynoe (Steve Vai), qui l’avait accompagné de par le passé sur son projet ‘Warlord’. Outre leur grande connivence, la combinaison du jeu hyper inventif de Mark (qui incorpore également des éléments électroniques faisant partie intégrale de son kit de batterie, comme il a pu le faire de par le passé avec Fates Warning) avec celui de l’ex-étudiant du fameux ‘Berklee College of Music’de Boston, fait réellement des merveilles. Le batteur a également intégré au sein de A-Z, sur recommandation, Vivien Lalu, un claviériste acquis à la cause. En effet l’artiste français, fils des membres du groupe de progressif Polène, a grandi en écoutant du progressif, du metal et bien entendu des formations telles que Chroma Key et Fates Warning et a surtout démontré tout son talent au travers des trois albums de son propre groupe Lalu qui a compté en son sein de multiples musiciens de renom (Virgil Donati, Jordan Ruddess, Damian Wilson etc..). Et c’est d’ailleurs lui qui a écrit la majeure partie des morceaux de A-Z autour des motifs de batterie proposés par un Mark Zonder très prolixe (une approche qui explique très certainement au demeurant la dynamique de l’album). Avec d’autant plus de facilité que Vivien Lalu intègre des sons de guitare sur ses claviers. L’excellent guitariste hollandais de métal progressif Joop Wolters, dont Vivien a suggéré à son tour le nom, suite à sa collaboration sur son projet Lalu, est venu parachever l’œuvre en superposant d’incisif riffs et soli. Mark ne s’est pas immédiatement tourné vers Ray Alder pour compléter le line-up, pensant que celui-ci était sans doute encore très absorbé par Fates Warning. Il confie avoir rencontré d’excellents chanteurs dans le cadre de sa recherche mais personne capable d’écrire les mélodies tout autant que les paroles. Et c’est ainsi qu’il a finalement pris contact avec Ray dont les preuves ne sont plus à faire en la matière et ce, en plus de la grande dimension mélodique de sa voix. La musique très expressive de A-Z permet plus que jamais à Ray d’explorer toutes les possibilités de sa voix et semble plus encore lui convenir que les tonalités sombres de Fates Warning. Une impression déjà fortement ressentie à l’écoute de sa prestation au sein de Redemption, le groupe de Nick Van Dyk, le temps de cinq excellents albums. Et force est de constater que sa voix n’en finit pas de se bonifier avec le temps, gagnant en richesse notamment dans les graves. Pour couronner le tout, la production offre une belle dynamique, Mark Zonder étant épaulé par Simone Mularoni, qui en plus de ses talents de guitariste (on se souviendra d’ailleurs de ses interventions sur ‘The Art of Loss’ de Redemption) est avant tout un producteur et ingénieur du son de renom.

Alors, certes, le groupe ne révolutionne rien avec ce métal mélodique aux connotations prog mais il excelle là où tant d’autres groupes ont échoué, en nous offrant un premier album étincelant, d’une exécution musicale irréprochable et marqué d’un sceau qui le distingue réellement du lot. En outre, il prend un malin plaisir à brouiller les pistes en faisant paraître trois singles successifs assez différents les uns des autres. Reste à savoir si cet album trouvera un écho en dehors de  la sphère metal / prog metal traditionnelle. Mais une chose est certaine, Mark Zonder envisage A-Z comme un vrai projet long terme, annonçant avoir la ferme intention de prendre la route et indiquant qu’un second album est déjà en préparation. Ce dont nous nous réjouissons d’ores et déjà !

Formation du groupe

Ray Alder : chant - Philip Bynoe : guitare basse - Vivien Lalu : claviers - Joop Wolters : guitares - Mark Zonder : batterie

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