Titres
- In On It (7:55)
- Don't Look Down (11:15)
- Make A New World (10:04)
- Urban and Western (7:22)
- SE-O (6:51)
- Our Old Street (5:22)
- Risk and Reward (9:58)
- So Far, So Good (5:45)
Compter les albums estampillés Pat Metheny relève de la gageure. Une certitude : la sortie d’un nouvel album est évidemment un événement et aussi une surprise, tant le musicien nous balade aux travers de mondes sonores variés : jazz-rock/ fusion, jazz, musique expérimentale, world music, musiques de films … En solo, en groupe, en formation réduite, vous avez l’embarras du choix ! Si d’aucuns simplifient la chose en différenciant le jazzman du musicien jazz-rock, il faut plutôt y voir l’éclectisme d’un musicien hors pair, capable de tout ou presque, qu’il s’agisse de composer et de jouer de simples mélodies toujours très poétiques, ou des morceaux complexes avec un sens du rythme et l’harmonie inimitables. En ce qui me concerne, le Pat Metheny Group, qui mettait également en scène l’inoubliable et génial Lyle Mays, restera l’indépassable monument d’un jazz rock mêlant jazz, folk, country, rock, sans oublier une bonne couche de musique brésilienne. Un bonheur !
Succédant à deux albums à la guitare solo, nous voici avec entre les mains et les oreilles Side-Eye III+ au nom bien énigmatique. Voilà qui mérite quelques explications. Tout d’abord parlons un peu d’Uniquity Music qui constitue un nouveau label voulu par le musicien pour y regrouper tourtes ses œuvres passées ou futures. On y retrouvera notamment les rééditions de tous les disques qu’il a enregistré depuis 1984. Quant à l’album du jour, pensé initialement pour un trio comprenant également Chris Fishman (piano/claviers) et Joe Dyson (batterie), il est rapidement apparu que la musique proposée méritait une vision plus large ce qui a conduit à l’ajout de pas moins de quinze musiciens supplémentaires, dont le bassiste Daryl Johns, la harpiste Brandee Younger, le percussionniste Luis Conte et un ensemble vocal dirigé par Mark Kibble de Take 6. Voilà donc expliqué le titre III+. Avec tout ça, je me dis que je vais peut-être retrouver ici sinon la lettre, du moins l’esprit qui prévalait aux temps bénis du PMG.

Il s’agit en fait du deuxième enregistrement titré Side-Eye. En effet, un enregistrement live de 2021, Side-Eye NYC (V1.IV), mettait en œuvre un premier trio, augmenté par le fameux orchestrion (*) de Metheny.
Le morceau d’ouverture, « In On It », un morceau bien rythmé, fait évidemment directement penser au PMG, avec au détour de telle ou telle formule musicale, un petit air de déjà vu ou plutôt entendu. Le thème principal, d’une belle lumière, est d’emblée énoncé à la guitare. Les différentes sections, souvent contrastées se succèdent, et dont je suppose que certaines sont écrites et d’autres plus improvisées. « Don’t Look Down » propose un nouveau thème très mélodieux, qui s’appuie sur le jeu de la contrebasse et du piano. Des accents blues donnent à cette pièce un charme indescriptible. « Make A New World » fait succéder aux sonorités blues un indéniable coté latin, entre funk et bossa nova. Il y a comme une force tranquille à l’œuvre ici.
« Urban And Western » signe le retour au blues mais façon gospel. Metheny se souvient évidemment de sa terre natale. La musique va crescendo, la guitare laissant peu à peu les chœurs et l’orgue Hammond prendre le dessus. « SE-O » s’axe clairement dans un groove pour le moins enthousiaste. A une première section où orgue, batterie et basse s’entrelacent, succède un long passage de style improvisé que s’approprie l’orgue d’abord, puis la guitare, au dessus du tourbillon initié par une basse qui file à toute allure.
« Our Old Street » se révèle être une valse lente à la guitare acoustique, aux délicates harmonies jazzy. Le ton monte peu à peu, le temps pour le piano de se lancer dans un climax lumineux, puis la musique redescend jusqu’à s’éteindre sur une note grave solo. L’instant rêveur se poursuit et se teinte d’un sentiment joyeux avec le superbe « Risk And Reward » et son rythme syncopé. Avant l’énoncé du très beau thème à la guitare, le morceau débute par un court motif dissonant de quatre notes. On réentendra ce même motif qui crée une légère tension, précédent de peu la coda.
« So Far, So Good » … En effet, jusqu’ici tout va bien dans cet album ! Le musicien termine l’opus dans un certain dépouillement. La guitare acoustique, sobrement mais efficacement accompagnée, nous distille une de ces mélodies calmes et aériennes dont le guitariste américain à le secret. Arrive un moment plus lyrique et plus ample, laissant le piano prendre son envol. Mais c’est à la guitare que revient le mot de la fin, en reprenant le thème mais dans une harmonisation en ton mineur, créant ainsi un léger sentiment de doute ou à tout le moins une interrogation.
Un retour aux racines, une évolution vers d’autres horizons musicaux ? Il y a évidemment de tout cela dans ce magnifique Side-Eye III+ (**). La musique est comme il en a toujours été au cours des décennies passées, inventive au possible et d’une fluidité hors du commun. Pour ma part, j’aurais aimé que les chœurs ou la harpe, dans les morceaux où ils apparaissent, prennent plus de place et d’ampleur. Mais ne nous y trompons pas, avec cet album, Pat Metheny pose un nouveau jalon sur une route qui nous promet de nombreuses nouvelles destinations. Le Last Train Home n’est pas pour demain !
(*) Ensemble instrumental avec percussions rythmiques, claviers, vibraphone, piano, etc., dont les interventions sont commandées en temps réel par la guitare.
(**)https://patmethenyofficial.bandcamp.com/album/side-eye-iii
Formation du groupe
Pat Metheny : guitares - Chris Fishman : claviers - Joe Dyson : batterie - Daryl Johns : basse - Brandee Younger : harpe - Luis Conte :percussions - Leonard Patton : percussions, chant
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