Avant Qu’il Ne Soit Trop Tard

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(5 sur 5) / Crypto
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Rock Progressif

Le 13 Février 1978 paraissait chez Crypto, l’album ‘’Avant Qu’il Ne Soit Trop Tard’’.

Depuis ‘’Grimaces’’ (décembre 1975) et davantage encore  ‘’Le Petit Violon De Mr Grégoire’’ un an plus tard, Mona Lisa occupait désormais une place de choix au sein du paysage progressif français, se produisant régulièrement au Golf Drouot où leurs prestations furent transmises en Mai 77 dans l’émission Point Chaud produite par Albert Raisner pour le petit écran, sachant qu’un concert donné à Nancy en janvier 1976 avait également été rediffusé sur RTL par Jean Bernard Hebey dans l’émission Poste Restante. La presse musicale, quant à elle, et notamment le magazine Best à travers un article d’Alain Pons (février 77), ne tarissait pas d’éloges sur le quintette orléanais.

Au printemps 1977, le même line-up que celui du ‘’Petit Violon’’ se réunit à nouveau dans une ferme de la Beauce pour des répétitions intensives, à l’issue desquelles Jean-Luc Martin (alias ‘’Tintin‘’) se souvient avoir annoncé vouloir marquer une pause avant leur prochain rendez-vous au studio, en se joignant à des amis pour un voyage en Scandinavie. Quelle ne fut pas sa surprise lorsque les autres membres du groupe lui opposèrent fermement et solidairement leur véto, certains morceaux nécessitant encore d’être peaufinés. Le temps des passions une fois apaisé, le bassiste reconnut le bienfondé de cette décision au vu du brillant résultat final. Celui à qui le groupe devait son nom, allait partir après ce quatrième album (remplacé ensuite par Jean Betin) pour se tourner vers le jazz, le tango, et passer de l’électrique à la contrebasse. Pour l’heure, les cinq musiciens se retrouvèrent donc au cours des derniers jours du mois d’août 77 pour enregistrer ‘’Avant Qu’il Ne Soit Trop Tard’’ à Paris au célèbre studio Davout aujourd’hui disparu. Dominique Le Guennec explique que, pour la première fois, les sessions se déroulèrent sans le moindre incident, ce qui permit de mettre en boite ce quatrième opus en seulement six jours. L’évolution des sonorités du groupe était manifeste dès les premières notes de l’album à travers une utilisation accrue de synthétiseurs analogiques accompagnant la narration de Dominique Le Guennec.

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Ce morceau-titre à la fois mystérieux et menaçant allait systématiquement faire l’ouverture de leurs concerts par la suite. Sur ses textes mariant la poésie à l’imaginaire, le chanteur portait avec théâtralité et emphase, ces contes et légendes issus notamment du pays breton dont il est originaire. Pour les arrangements de ces six plages souvent proches du symphonisme de Genesis autour de ces brillantes parties de claviers, flamboyants solos de guitare et interplays entre Jean Paul Pierson et Pascal Jardon, une attention toute particulière était portée sur la nécessité impérieuse de pouvoir les reproduire en live lors des concerts. Si le sombre et inquiétant ‘’La Peste’’ pouvait revêtir un léger côté magmaïen dans sa séquence centrale, cela pouvait (peut-être) s’expliquer par le fait que lors de sessions d’enregistrement, Mona Lisa côtoya Christian Vander venu au studio Davout réaliser certaines maquettes. 

Pour les ‘’Souvenirs De Naufrageurs ‘’, une pièce emblématique de l’album évoquant les mésaventures de ces marins aux abords des côtes du Finistère, Dominique Le Guennec avait fait sculpter pour la scène par un ami, une lourde et volumineuse barre de navire en bois illustrée d’ailleurs sur la somptueuse seconde pochette du disque signée par Thierry Cardinet dans la réédition Musea*. ‘’Tripot’’ nous embarquait dans les débits de boissons et les déambulations d’un alcoolique ne pouvant se défaire de son addiction tandis que ‘’Lena’’ (initialement ‘’Les Sabots de Lena’’) renouait avec les contes diaboliques d’antan. Cette cinquième plage composée à la guitare acoustique par Pascal Jardon, était magnifiée par une envolée instrumentale emmenée par une envoûtante partie de flûte du chanteur et un solo tout aussi inspiré de Jean-Paul Pierson au synthétiseur. Mélodiquement très accrocheur, ‘’Lena’’ avait été retenu pour l’émission Blue Jean 78 sur Antenne 2 et vit Mona Lisa remporter son duel à l’applaudimètre face au groupe Pulsar. Enfin, les dix minutes de la tripartite ‘’Créature De La Steppe’’ venaient compléter un répertoire captivant de bout en bout. Les paysages sonores oniriques et diaphanes de ‘’Comme Un Rêve’’ gagnaient en énergie sur ‘’L’Oppression’’ sous l’impulsion de Francis Poulet. Le groupe avait ensuite ajouté mellotron, cloches tubulaires et autres idiophones afin d’enrichir le lumineux final instrumental de la troisième partie (’’Avec Le Vent’)’ croisant les trois synthétiseurs et refermant le répertoire dans une dimension presque mystique.

Ce fut cette fois le magazine Rock & Folk en la personne de Jean Marc Bailleux qui en juillet 78, encensa ce quatrième album considéré comme le plus abouti d’un groupe au faîte de sa popularité. L’année suivante, dans un registre tourné davantage vers une pop mainstream, ‘’Vers Demain’’ accueillait trois nouveaux membres autour du claviériste Jean-Paul Pierson, et du batteur Francis Poulet qui prenait également le chant. Domnique Le Guennec fera néanmoins son retour avec Mona Lisa deux décennies plus tard, entouré des musiciens du groupe Versailles, pour le sixième opus ‘’De l’Ombre A La Lumière’’. Une vidéo de Mona Lisa (la seule sur support physique), fut enregistrée en 2000 en Live au célèbre Progfest de Los Angeles (Californie) et éditée en 2004 par Musea sur DVD. En 2021, le trio Francis Poulet, Michel Grandet (claviériste & bandéoniste dans ‘’Vers Demain’’) et le poly instrumentiste Matthieu Grandet (fils de Michel) ont fait paraître sous le nom de Mona Lisa 2020, et toujours chez Musea, l’album ‘’Vincent Et Mona’’. A noter enfin que Francis Poulet, encouragé dans ce sens par Dominique Le Guennec, a publié à partir de son journal personnel, le livre ‘’Mona Lisa 1970-1980’’.

Je remercie ici Dominique, Pascal et Jean-Luc pour leurs si précieux témoignages.

‘’Avant Qu’il Ne Soit Trop Tard’’ fut remasterisé en 1994 chez Musea* (puis en 2009 chez Belle Antique/Japon) avec l’ajout de trois pistes bonus (versions Live de ‘’Souvenirs De Naufrageurs’’, ‘’Créature De La Steppe’’ et ‘’Lena’’).

Formation du groupe

Dominique Le Guennec : chant, flûte, percussions - Pascal Jardon : guitares électrique et acoustique, synthétiseur - Jean-Paul Pierson : piano, orgue, synthétiseur, Mellotron, « Orchestre polyphonique » (?) - Jean-Luc Martin : basse - Francis Poulet : batterie, percussions

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