Selling England By The Pound

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(5 sur 5) / Charisma Records
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Rock Progressif

Le 28 Septembre 1973 paraissait chez Charisma Records, l’album ‘’Selling England By The Pound’’.

En ce début d’automne 73, les planètes étaient parfaitement alignées pour ce quintette émérite autour de son charismatique chanteur, conteur et homme de scène d’exception. Genesis s’était légitimement imposé sur la scène musicale européenne à travers un rock à la fois complexe et mélodique, d’une grande intensité émotionnelle, et cristallisé dans la suite de 23 minutes ‘’Supper’s Ready’’, véritable pierre angulaire de ce registre progressiste. Après la tournée triomphale de ‘’Foxtrot’’ (sauf aux Etats Unis) puis la sortie d’un premier album live en Juillet, le quintette se retrouva en répétition dans la maison familiale d’un ami à Chessington, puis en Août aux studios Island de Basing Street (Londres) pour l’enregistrement de ce 5ème album studio. Sous un titre reprenant, semble t’il, un slogan du parti travailliste britannique, la subtilité tenait ici à l’ambiguïté de la  »Livre », entre monnaie et unité de mesure, dans cette évocation d’une l’Angleterre, rappelons-le, en plein contexte pré-Thatchérien d’instabilité économique, sociale et géopolitique (après son entrée en Janvier de cette même année au sein de la CEE).

Aux illustrations emblématiques de Paul Whitehead pour les trois albums précédents, le choix se porta cette fois sur un tableau de Betty Swanwick, ‘’The Dream’’ qui avait d’ailleurs inspiré à Peter Gabriel, l’histoire de ce jardinier dans les textes de ‘’I Know What I Like’’; ce morceau dont le refrain appuyé exaspérait le chanteur (pour la petite histoire), allait néanmoins devenir, peu après sa sortie quelques mois plus tard en 45 tours, le premier single à succès du groupe, à l’instar d’une pop psychédélique louchant trop, selon les musiciens eux-mêmes, vers les Beatles. D’une manière générale, ‘’Selling England By The Pound’’ révélait, et à plusieurs titres, que le groupe, la maturité aidant, s’était notablement bonifié depuis le précédent et déjà excellent ‘’Foxtrot’’. Sur le plan instrumental, Tony Banks avait ajouté des bandes vocales au mellotron ainsi qu’un synthétiseur à son arsenal de claviers, tandis que Steve Hackett développait ici sa technique du tapping tout en expérimentant de nouveaux sons, avec l’appui du coproducteur John Burns (lui-même guitariste). Phil Collins, féru de jazz-rock (et notamment du Mahavishnu Orchestra qu’il écoutait avec attention en cette période) se tournait vers d’autres signatures rythmiques, notamment sur le premier morceau ‘’Dancing With The Moonlight Knight’’, aux accents médiévaux, et son célèbre démarrage au chant a cappella de Peter Gabriel, une pièce luxuriante et diversifiée à souhait. Mais deux morceaux illustraient particulièrement le niveau d’accomplissement et de raffinement atteint ici, sur des arrangements mariant avec fluidité, les séquences électriques et acoustiques.

Magistralement introduit au Grand piano par Tony Banks, rejoint par la flûte traversière de Peter Gabriel, ‘’Firth Of Fifth‘’ était une merveille de classicisme et d’orchestrations, magnifiée, de surcroît, par trois minutes d’un sublime solo aérien de guitare électrique par Steve Hackett. Autre classique que ne manquera pas de rejouer le groupe en concert, ‘’The Cinema Show’’, variation moderne du ‘’’Romeo & Juliette’’ de Shakespeare, démarrant sur des notes et arpèges acoustiques des 12-cordes de Steve Hackett et de Mike Rutherford, accompagnées par Peter Gabriel tour à tour à la flûte et au hautbois, puis les textures se densifiaient et la tension montait graduellement dans un savant crescendo. Tony Banks inaugurait ici à travers un solo, le synthétiseur ARP Soloist Pro, tout en assurant de la main gauche, les parties d’orgue Hammond et de mellotron.

Ceci étant, chacune des plages méritait ici une mention particulière, qu’il s’agisse de ‘’More FooL me’’, où Phil Collins prenait le chant pour la seconde fois après ‘’For Absent Friends’’ (non crédité sur ‘’Nursery Cryme’’) ou encore l’instrumental ‘’After The Ordeal’’ signé par Steve Hackett passant ici de la guitare nylon à l’électrique, un morceau qu’il eut bien du mal à faire créditer par les autres sur le disque. Citons enfin ‘’The Battle Of Epping Forest’’ troisième pièce épique du répertoire qui, après un préambule en forme de marche en 7/8, ouvrait grand l’espace aux claviers et mettait en exergue le chant tout en nuances de Peter Gabriel. En conclusion,‘’Aisle Of Plenty’’ reprenait sur une courte plage acoustique et planante, le thème d’ouverture de l’album. Le 5 Octobre 1973, Genesis entama une tournée Européenne, puis en Novembre/Décembre aux Etats Unis où cette fois, le succès fut au rendez-vous, appuyé d’autant plus par l’intervention élogieuse d’un grand fan de ce disque, un certain John Lennon sur la station newyorkaise à grande écoute WNEW.

‘’Selling England By The Pound’’ fut remasterisé en Septembre 2008 pour l’Europe (Charisma/Virgin) dans une édition SACD + DVD comprenant les version DTS Surround (96/24) et Dolby Digital Surround (24/48) ainsi que 3 extras (Interview 2007, Shepperton Studios (TV italienne 1973) et Paris Bataclan France 1973).

Formation du groupe

Peter Gabriel : chant principal, percussions, flûte, hautbois - Steve Hackett : guitare électrique, guitare acoustique nylon - Tony Banks : claviers (piano, Hammond, Mellotron, synthétiseur ARP Pro Soloist), guitare 12 cordes - Mike Rutherford : basse, guitare 12 cordes, sitar électrique - Phil Collins : batterie, percussions, chant principal (4) et chœurs

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