Il serait long de présenter dans sa pluridisciplinarité, cet artiste Montpelliérain également graphiste, peintre, photographe, poète, écrivain (auteur d’une dizaine d’ouvrages) et éditeur (Filosphère). Musicien autodidacte, ce compositeur et arrangeur, avait formé Santal en 1999, un quartette proposant un patchwork de rock et de musique indienne, qui s’était en quelque sorte forgé la réputation d’un ‘Shakti français’ dans la Région Languedoc Roussillon.
Ce fut en 2008 que Filo inaugura son cursus solo dans un brassage de genres ayant accompagné sa vie (classic rock, psyché, blues, folk et pop) avec ‘’Virtual Pretender’’ puis ‘’Ici et Maintenant’’ (2011) et ‘’Psychedelics’’ (2012), adaptant ses ouvrages avec ‘’Eloge de la Limite’’ (2009) et l’instrumental ‘’La Juste Parole’’ (2013) ou alternant chansons et pièces expérimentales dans ‘’Millions’’ (2020). En 2023, soit un an après ‘’La Danse des Arbres’’ (une double anthologie de deux heures réunissant 31 compositions inédites), Filo rendait ici hommage, à l’instar du titre ‘’70s’’, à la plus grande décennie rock de l’histoire et âge d’or du courant progressiste. De fait, nous pouvions identifier au détour de chacune de ces 17 plages, diverses références à ces groupes emblématiques qui jalonnèrent les années 70.
‘’Brain Shelter’’ ouvrait majestueusement le répertoire dans une ambiance éthérée conduite par la guitare acoustique, le mellotron, quelques samplers et un chant clair et lumineux avant d’évoluer vers une partie instrumentale rappelant les grandes heures du prog symphonique britannique. Nous retrouvions encore ces mystérieux climats oniriques, baignés de nappes de mellotron et claviers enveloppant un délicat solo de guitare électrique sur la partie finale de l’instrumental suivant (‘’The Pink Flowers Of Invention’’). Des arpèges acoustiques chers à Steve Hackett introduisaient ‘’The Gates’’, rejoints par le chant, et ponctués dans la partie centrale par une luxuriante section orchestrale puis une partie de flûte légère, avant de refermer cette sublime troisième plage.

Puis d’épaisses textures d’orgue pouvant évoquer Jon Lord ou Ken Hensley, donnaient sa couleur sombre à ’’Great Warrior’’, un morceau faisant référence au second roman de Filo (‘’La Juste Parole’’), une fiction dans laquelle les amérindiens ne connurent pas l’invasion des colons d’Europe occidentale. Une guitare électrique frippienne se joignait à la six-cordes acoustique sur ‘’Tell Me Now’’ tandis que, dans son tempo lent et bluesy, ‘’Slow Creeper’’ invitait en soliste, Keor, autre musicien de Montpellier dont il faut rappeler au passage, le remarquable second album ‘’Petrichor’’ en 2018 (lire la chronique de Pierre dans ProgCritique).
Dans la seconde partie de ce premier des deux disques, Filo s’allouait de larges espaces en solo (guitare sèche/chant), notamment ‘’Our Time Travel’’ et ‘’Leavers’’, ajoutant quelques touches ethniques sur ‘’Your Wealth’’, autour de ses percussions et, comme dans le final de ‘’Leavers’’, des chants et choeurs aux accents de gospel. ‘’Wish Of Shine/The Limit’’ offrait une toute aussi belle introduction au deuxième disque. Le titre ne laissait aucune équivoque quant aux références floydiennes de ses deux premières minutes atmosphériques (synthétiseur planant et guitare gilmourienne) suivies d’un brillant entrelacs de six-cordes. L’humour et une forme de tendresse s’invitaient dans les climats soul/funk années 70 de ‘’Paranoid Testimony’’. Au-delà des grands moments musicaux qu’offrait encore cette seconde galette, il faut souligner, comme dans l’ensemble de l’œuvre écrite de Filo, la dimension lyrique voire allégorique (‘’ Rubble’’, ‘’The Awakened’’) de ces textes qui se nourrissaient entre autres, sur ces dernières plages, de la ‘’Divine Comédie’’ de Dante ou encore de la mythologie antique (Orphée & Eurydice).
S’agissant à l’origine de deux albums distincts, ‘’70s’’ se présente sous la forme d’un élégant double CD Digipack illustré d’un côté par Filo lui-même, et en quatrième de couverture, par un célèbre tableau de Jérôme Bosch (‘’Le Christ aux Limbes’’). Il inclut à la fois les textes originaux et leur traduction française.
En 2024, l’album suivant (‘’Iron’’) s’est tourné cette fois vers un registre métal proche de Tool, voire de Meshugghan, nonobstant quelques surprises comme les textes en Kobaïen de ‘’Da Sïrï Dë Urfakt Hummahn’’ (‘le cri du dernier humain’). Concernant son actualité, et parallèlement à une activité d’éditeur assez chronophage, Filo prépare la sortie d’un nouveau répertoire, probablement un double album, compte tenu de l’abondante matière disponible, et conceptuel cette fois, sur un sujet qui tourmente particulièrement l’artiste, celui de la mort. Prévu dans le courant de cette année 2025, ce onzième opus conjointement chanté dans les langues de Shakespeare et Molière, ira chercher de plus larges influences, de Frank Zappa à Black Sabbath en passant par Serge Gainsbourg. Sur le plan pratique, pour découvrir ce musicien, et parmi les diverses plateformes qui hébergent déjà Filo, une page Bandcamp est dorénavant disponible et devrait prochainement regrouper l’ensemble de sa discographie solo en CD et/ou digital.
Formation du groupe
Filo : chant, basse, guitares acoustique & électrique, percussions - Arthur Durand : claviers, mellotron, flûte, cuivres digitaux, effets - Victor Corboz : guitare, banjo, chœurs - Mathieu Dony : batterie - Angela Boris & Lucy Garcia - chœurs - avec la participation de Victor Miranda Martin alias ‘’Keor’’ : guitare solo dans ‘’Slow Creeper’’
