Darwin !

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(5 sur 5) / Ricordi
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Rock Progressif

En Décembre 1972 paraissait chez Ricordi, l’album ‘’Darwin !’’.

L’histoire du groupe romain Banco Del Mutuo Soccorso commença en 1968 de manière assez cocasse avec une audition obtenue chez RCA par un jeune claviériste de 17 ans du nom de Vittorio Nocenzi sur la recommandation de Gabriella Ferri (artiste célèbre en Italie) pour laquelle il avait déjà écrit et mis en musique certaines de ses chansons. Ayant effrontément parlé d’un groupe (imaginaire) dont il était leader pour obtenir ce rendez-vous (les labels rechignant à publier de la musique instrumentale), il s’empressa donc avant la date fatidique, de réunir des musiciens (dont son frère Gianni, claviériste lui aussi) et organiser une répétition. Suite à cette audition réussie (!), le groupe nouvellement formé obtint la publication de trois chansons sur des compilations réunissant de nouveaux talents.

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En 1971, suite au Festival pop Caracalla à Rome, les frères Nocenzi accueillirent l’exceptionnel chanteur et parolier Francesco Di Giacomo, le bassiste Renato d’Angelo et le batteur Pierluigi Calderoni (trois musiciens du groupe Le Esperienze) puis le guitariste Marcello Todaro, formant ainsi le line up classique de Banco Del Mutuo Soccorso (ou simplement ‘Banco’) qui publia en 1972 un premier album éponyme déjà excellent malgré une production encore perfectible. Les six plages de ce disque dont une suite de 18 minutes en quatre sections (‘’Il Giardino Del Mago’’) présentaient un rock progressif d’excellente facture, classicisant à souhait, émaillé de changements, et empreint de ce romantisme transalpin mêlé aux influences anglaises, qui installait déjà le sextette au tout premier plan de la scène progressiste italienne, aux côtés de Le Orme et du groupe PFM avec lequel Banco présentait nombre de similitudes.

A la fin de cette même année 72, ils allaient ajouter ce second opus tout aussi remarquable, qui à l’instar de son titre ‘’Darwin !’’ était un album concept (sans doute le premier du prog italien) sur la théorie de l’évolution des espèces, et dont il faut souligner au passage la magnifique illustration de pochette (extérieur et intérieur du gatefold). Les deux frères Nocenzi ajoutaient les synthétiseurs à leurs parties émersoniennes de piano & orgue Hammond, de solos teintés de jazz et d’entrelacs de claviers. Autour des arabesques du guitariste Marcello Todaro, ils soutenaient la voix lyrique et imposante de Francesco Di Giacomo, chanteur à la fois théâtral et émouvant, sans doute l’un des plus impressionnants du paysage progressif au même titre, par exemple, qu’Annie Haslam chez Renaissance. Il était particulièrement poignant dans la ballade ‘’750.000 Anni Fa…L’Amore ?’’ dont la dimension dramatique était accentuée par le Moog et la partition de piano classique. Dès le début du disque, la suite épique ‘’L’Evoluzione’’ (14 minutes), un classique du groupe, suivie de  ‘’La Conquista Della Posizione Eretta’ (9 minutes) donnaient la pleine mesure des paysages sonores de ce répertoire à la fois cohérent, homogène et d’une grande créativité, au fil duquel nous retrouvions tour à tour les élans symphoniques de Yes, la puissance mélodique de Genesis, la structure parfois complexe et les rythmiques vaillantes et aventureuses d’un Gentle Giant que conduisait le batteur Pierluigi Calderoni appuyé du bassiste Renato D’Angelo.

L’année suivante, après l’excellent ‘’Io Sono Nato Libero’’ dont la pochette originale épousait en partie la forme du disque et contenait l’emblématique et mémorable suite de 16 minutes ‘’Canto Nomade Per Un Prigioniero Politico’’ autour de textes très signifiants, le groupe quitta Ricordi, invité comme leurs compatriotes PFM, par Greg Lake à rejoindre le label Manticore d’Emerson Lake And Palmer. Puis la seconde moitié des années 70, après une première trilogie exceptionnelle, compta une nouvelle suite de joyaux (dont ‘’Banco’’ qui accueillait Rodolfo Maltese (guitares, trompette, cor), ‘’Come In Un’Ultima Cena’’, un concept album sur Jésus Christ évoquant le Cène et les évènements qui suivirent, ainsi que ‘’Di Terra’’, un remarquable album instrumental avec orchestre symphonique. On mettra un seul bémol pour ‘’As In A Last Supper’’ (1976) sur ces morceaux en langue anglaise alors que celle de Pétrarque, Leopardi et Pirandello, était tellement sublimée par le chant de Francesco Di Giacomo (avec une pensée pour ce musicien disparu le 21 Février 2014). Après un demi-siècle et quelques changements de personnel autour du membre fondateur Vittorio Nocenzi, ce groupe toujours actif publie en 2024 son 21ème album studio (‘’Greggio E Pericoloso’’).

‘’Darwin !’’ fut remasterisé en 2013 en Italie (RCA/Sony Music) dans une édition double CD comprenant 8 pistes bonus sur le second CD (live et inédits).

Formation du groupe

Francesco Di Giacomo: Chant - Gianni Nocenzi: Claviers - Marcello Todaro: Guitares - Pier Luigi Calderoni: Batterie - Renato D'angelo: Basse - Vittorio Nocenzi: Claviers

🌍 Visiter le site de Banco Del Mutuo Soccorso →

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