Hybris

Par

(5 sur 5) / Mellotronen
Categories
Rock Progressif

Le 14 Septembre 1992 paraissait l’album ‘’Hybris’’ par Änglagård.

En ce tout début des années 90, à l’exception des courants néo prog (Marillion, IQ…) et prog métal (Fates Warning, Dream Theater…), la scène progressive, disons-le, était en berne. Les très rares sorties étaient, comme toujours, méprisées par les grands réseaux de distribution, quand, chez certains sites marchands très spécialisés, apparut ‘’Hybris, l’un des plus inattendus et étonnants albums de la décennie, surgissant de nulle part, et qui allait devenir l’un des grands marqueurs de l’histoire du rock progressif.

Formé à Stockholm par le guitariste Tord Lindman et le bassiste Johan Högberg rapidement rejoints par le claviériste Thomas Johnson et le second guitariste Jonas Engdegärd puis le batteur & percussionniste de formation classique Mattias Olsson, Änglagård réunissait à l’automne 1991, non pas un groupe mais, tel qu’ils le définirent eux-mêmes, un collectif de musiciens, compositeurs et arrangeurs ayant la vision d’une trajectoire musicale commune. Ils revendiquaient des influences de Yes, King Crimson, Cathedral (le groupe américain bien sûr, avec l’album ‘’Stained Glass Stories’’) ainsi que de leurs compatriotes Bo Hansson et dans le registre ‘RIO’, Samla Mamma’s Manna (mais nous pourrions ajouter Genesis, Jethro Tull, Gentle Giant voire Magma). Ce quintette proposait, à l’instar d’une instrumentation vintage, un répertoire s’inspirant en effet, du meilleur des années 70 mais dans l’originalité d’un style et d’une remarquable signature sonore bénéficiant des techniques d’enregistrement et de la limpidité d’une production moderne.

Leur répertoire était instrumental, à l’exception de ce premier album avec un chant en suédois sur trois des quatre morceaux, et des textes se rapportant aux désagréments et turpitudes de la Société moderne (stress, illusions, souffrance, mensonges…). Dès le début du magnifique ’’Jordrök’’ qui ouvrait l’album, nous étions partagés entre fascination et angoisse, par ces ambiances alternant comme l’ombre et la lumière, des séquences orageuses (orgues Hammond & guitares électriques, rythmique percutante appuyée par la lourde basse Rickenbacker) et des séquences pastorales et acoustiques (mellotron, flûte, arpèges de guitares acoustique et 12 cordes). Des subtiles parties de Moog aux notes solennelles d’un orgue d’église, une instrumentation luxuriante faisait défiler cette diversité de paysages sonores arrangés au cordeau par chacun des membres du groupe. Nous retrouvions encore ces textures s’étoffant au fil d’intenses crescendos sur le second et le quatrième morceau. La troisième plage, sans doute la plus complexe, pouvait par ailleurs, susciter une sensation d’effroi, évoquant par moments, les climats presque terrifiants de l’album ‘’Morte Macabre’’ (1998), un projet commun à des membres de Landbkerk et Anekdoten (deux autres figures majeures du prog suédois) ou encore certaines B.O de films de Dario Argento par le groupe italien Goblin.

Acteur majeur du renouveau progressif sur la scène scandinave, Änglagård publia deux ans plus tard un ‘’Epilog’’ tout aussi brillant, et sensiblement plus mature, avant d’enregistrer ‘’Buried Alive’’ qui reprenait l’ensemble de leurs deux albums en Live au Festival californien du Progfest au printemps 1993, puis de se séparer au cours de cette période. Néanmoins, ils se reformèrent plus tard avec de sensibles changements, à l’occasion de ‘’Viljans Öga’’ (2012), un troisième opus tout aussi réussi. Pour être exhaustif, l’indispensable DVD/Blu-ray ‘’Live : Made In Norway’’ (LPCM stéréo et 5.1 Dolby Digital & Master Audio DTS-HD) enregistré en Février 2015 fut publié en Février 2017. Et pour prolonger le plaisir, le bassiste Johan Brand (avec sa fille Miranda), le claviériste Thomas Johnson et Erik Hammarström (batteur du second line-up) formèrent en 2013, le groupe All Traps On Earth et publièrent un album (‘’A Drop Of Light’’) dans la parfaite continuité d’Änglagård. Enfin, le premier batteur (et poly instrumentiste) Mattias Olsson rejoignait White Willow tout en participant à un nombre colossal d’albums (proche de 200 à ce jour, entre collaborations et productions) et fonda, entre autres, Molesome (dont les albums ‘’Aftonland’’, ‘’Tom &Tiger’’ ou encore ‘’Are You there ?’’ sont à vivement (re)découvrir).

Les rééditions suédoises de ‘’Hybris’’, entre 2000 à 2009, dans leur magnifique Digipack (avec ce même somptueux visuel) présentaient essentiellement l’intérêt d’un titre bonus inédit ‘’Ganglat Fran Knapptibble’’ d’une durée de 7 minutes, qui s’inscrivait bien dans la continuité des 4 morceaux de l’album originel.

Formation du groupe

Tord Lindman : guitares électriques et acoustiques nylon & acier, chant - Jonas Engdegård : guitares électriques et acoustiques nylon & acier - Thomas Johnson : Mellotron, Hammond (B-3 & L-100), synthétiseurs (Solina, Korg), clavinet, pianet, piano, orgue électronique - Anna Holmgren : flûte - Johan Högberg : basse, pédales de basse, Mellotron (effets) - Mattias Olsson : batterie, grosse caisse de concert, tambourin, vibraslap, po-chung, gong, glockenspiel, cloches tubulaires, bongos, cymbales tibétaines, carillons éoliens, a-gogo, cabasa, percussions africaines, flûte à effets, cloches et percussions diverses - Avec : Pär Lindh : interprète (non confirmé)

🌍 Visiter le site de Änglagård →

Partager cette critique

👇 Recommandé pour vous

Duke

Par Genesis

5 sur 5

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *