Le 18 Novembre 1974 paraissait chez Charisma, l’album ‘’The Lamb Lies Down On Broadway’’.
Au cours du mois de Mai, à New York, alors que Genesis venait de terminer sa tournée de ‘’Selling England By Pound’’, Peter Gabriel sortait du visionnage d’un western de série B Mexicain (‘’El Topo’’ par Alejandro Jodorowsky 1970) dont l’histoire à la fois kafkaïenne et dérangeante du personnage principal inspira au frontman de Genesis le sujet de leur prochain album. Ajoutons à cela, une fascination pour les Etats Unis, et en particulier pour la ‘’ville qui ne dort jamais’’, ainsi qu’un petit quelque chose de ‘’West Side Story’’ pour imaginer Rael, un adolescent latino-américain d’origine portoricaine, livré à lui-même, et trainant à New York, son mal-être dans une quête identitaire. Cette histoire que Peter Gabriel définissait comme un voyage spirituel dans les tréfonds de l’âme, allait faire l’objet d’un double album compte tenu de la foisonnante matière préalablement écrite.
Après un premier séjour dans l’inquiétante et insalubre Headly Grange (où Fleetwood Mac, Bad Company et Led Zeppelin les avait précédés), le quintette s’installa au Glaspant Manor, une maison bourgeoise située au Pays De Galles pour enregistrer ce sixième album où le studio mobile d’Island fut mis à leur disposition. Les premières tensions ne tardèrent pas à se manifester entre Peter Gabriel et les autres membres du groupe sur ce concept qu’il leur soumit, alors que Tony Banks et Mike Rutherford proposaient une adaptation du ‘’Petit Prince’’ d’Antoine de Saint Exupéry. Le chanteur imposa également, et de manière unilatérale, le fait de prendre en charge seul, et pour la première fois, l’intégralité des textes, contre l’avis des autres (Tony Banks en particulier) et s’isola dans une pièce pour l’écriture. D’autres évènements allaient encore envenimer la situation, notamment une sollicitation du réalisateur William Friedkin (fort de son succès avec ‘’L’Exorciste’’ la même année) qui pensa à Peter Gabriel (comme à Tangerine Dream d’ailleurs) pour un projet (finalement avorté), mais ses compagnons avaient mis le chanteur face à un ultimatum. Les choses se compliquèrent encore quand à la naissance de sa fille en Juillet, sa compagne connut de graves complications, ce qui qui l’obligea à faire des navettes entre Glaspant et Londres. Ajoutons enfin que les médias ne firent qu’envenimer les choses en ne s’intéressant qu’à lui, au détriment du reste du groupe. En dépit de tout cela, un an après Yes (‘’Tales From Topographic Oceans’’), Genesis publiait également son premier album concept, une œuvre ambitieuse de 23 morceaux pour une durée totale dépassant 1h30.
En tant que tel, ce répertoire très compact nécessitant une écoute intégrale et ininterrompue, contenait de fait, quelques morceaux qui isolément perdaient tout ou partie de leurs sens et intérêt, notamment certaines plages de transition. Pour autant, certains comptent parmi les plus belles compositions du groupe, à commencer naturellement par les trois titres les plus célèbres, à savoir l’envoûtant ‘’The Carpet Crawlers’’, l’émouvant et prégnant ‘’The Lamia’’, nouvelle évocation de personnages de la mythologie grecque (nymphes à corps de serpent), sans oublier le morceau-titre qui plantait admirablement bien le décor de cette histoire. Après le très ‘british’ album précédent, celui-ci était presque une ode à l’Oncle Sam et à la culture américaine, lorsque, dans ‘’Broadway Melody Of 1974’’, ’il passait en revue un bon nombre de ses icones, de Bing Crosby à Howard Hughes en passant par Groucho Marx sans en oublier des aspects moins reluisants comme le Ku Klux Klan. Musicalement, plusieurs de ses morceaux, dans l’ombre des titres précités, étaient largement dignes d’intérêt, entre pièces diaphanes et oniriques, comme ‘’Fly On Windshild’’ (l’un des préférés de Tony Banks), ‘’Cuckoo Coccon’’, ou les instrumentaux ‘’Silent Sorrow In Empty’’ et ‘’Hairless Heart’’, des pièces plus énergiques et imposantes (‘’In The Cage’’, ‘’ Back In NYC’’, ‘’The Colony Of Slippermen« ) et des mélodies pop accrocheuses (‘’Counting At Time’’, ‘’Lillywhite Lilith’’). On peut juste regretter dans l’ensemble que, des cinq musiciens, le guitariste Steve Hackett ait été le moins mis en valeur, et c’est bien là un euphémisme.
En 1975, une tournée de plus de cent concerts, où les américains découvraient notamment l’intégralité du répertoire avant même la sortie de l’album, en fut l’une des plus mémorables et grandioses du groupe, à l’instar d’un nouveau show gabriélien, et des immondes boursouflures de son nouveau et encombrant déguisement d’homme-pantoufle qui faisait du chant une véritable prouesse technique, et que ses compagnons, en particulier Phil Collins, ne supportaient plus. Ce fut néanmoins au cours de cette tournée 1975 que Peter Gabriel annonça sa décision sans appel, de quitter le groupe, à charge pour les quatre autres, de se réinventer, ce qu’ils firent avec brio, dès le 2 Février de l’année suivante.
‘’The Lamb Lies Down On Broadway’’ fut réédité en 2007 (Charisma/Virgin) dans une version remasterisée double SACD et un DVD contenant deux vidéos (interview de 2007 et Melody French TV 1974).
Liste des titres :
Disc 1 (45:29)
1. The Lamb Lies Down on Broadway (4:50)
2. Fly on a Windshield (4:23)
3. Broadway Melody of 1974 (0:33)
4. Cuckoo Cocoon (2:11)
5. In the Cage (8:15)
6. The Grand Parade of Lifeless Packaging (2:45)
7. Back in N.Y.C. (5:42)
8. Hairless Heart (2:13)
9. Counting Out Time (3:42)
10. The Carpet Crawlers (5:15)
11. The Chamber of 32 Doors (5:40)
Disc 2 (48:43)
1. Lillywhite Lilith (2:42)
2. The Waiting Room (5:24)
3. Anyway (3:07)
4. The Supernatural Anaesthetist (2:59)
5. The Lamia (6:57)
6. Silent Sorrow in Empty Boats (3:07)
7. The Colony of Slippermen (8:13) :
– i. The Arrival
– ii. A Visit to the Doktor
– iii. Raven
8. Ravine (2:04)
9. The Light Dies Down on Broadway (3:32)
10. Riding the Scree (3:57)
11. In the Rapids (2:26)
12. it (4:15)
Formation du groupe
Peter Gabriel : chant, flûte - Steve Hackett : guitares électrique et acoustique - Tony Banks : claviers - Mike Rutherford : basse, guitare 12 cordes - Phil Collins : batterie, percussions, vibraphone, chœurs Avec : Brian Eno : effets sonores - Graham Bell : chœurs
🌍 Visiter le site de Genesis →